Roberta Metsola est devenue mardi la nouvelle présidente du Parlement européen, en dépit de ses positions antiavortement qui font grincer des dents.

Publié le 23 janvier
Jean-Christophe Laurence
Jean-Christophe Laurence La Presse

Q. Comment l’appelez-vous encore ?

R. Roberta Metsola. Met-so-la… Députée européenne depuis 2013, cette Maltaise de 43 ans est devenue mardi la troisième femme de l’histoire élue présidente du Parlement européen, avec 458 voix sur 702. Ses nombreux combats pour le droit d’asile, la légalisation du cannabis, les droits des personnes LGBT+ ou la liberté de la presse lui valent d’être classée dans la frange progressiste du groupe parlementaire PPE (Parti populaire européen), pourtant assez conservateur. Elle était aussi vice-présidente du Parlement européen depuis 2020. « C’est une excellente candidate. Une femme, jeune, qui vient d’un petit pays. C’est très symbolique », a résumé l’actuel président du PPE, Manfred Weber.

Q. Belle tête d’affiche pour l’Union européenne, alors ?

R. C’est selon. Car cette mère de quatre enfants est aussi une figure controversée en raison de ses positions antiavortement. Certains eurodéputés n’ont pas caché leur agacement devant sa nomination, même si le Parlement européen n’a aucune compétence en matière de droit à l’interruption volontaire de grossesse (IVG). L’écologiste David Cormand a carrément employé le mot « honte » sur Twitter, mardi. Manon Aubry (gauche radicale) a déclaré de son côté que ce choix était « une baffe envoyée à toutes les femmes qui se battent partout en Europe pour ce droit ».

L’élection de Mme Metsola est d’autant plus ironique que la première femme élue présidente du Parlement européen, en 1979, fut la Française Simone Veil, à qui l’on doit justement la légalisation de l’avortement en France !

Q. Mais… l’avortement n’est-il pas légal partout en Europe ?

R. Justement non. Malte est le seul pays de l’UE à interdire encore l’IVG, et ne semble pas en voie de reculer sur cette question. Peu importe la situation, les femmes qui subissent un avortement ou les médecins ayant pratiqué l’IVG risquent là-bas jusqu’à trois ans de prison.

C’est à peine mieux en Pologne, remarquez. L’avortement n’y est autorisé qu’en cas de viol, d’inceste ou de danger pour la vie de la mère. En 2016, le gouvernement avait tenté de l’interdire complètement, avant de le restreindre davantage en supprimant aussi le droit à avorter en cas de malformation grave du fœtus.

L’Irlande a été le dernier pays de l’UE à autoriser l’IVG, en 2019, après un référendum remporté à 66 % par les prochoix. Un énorme pas en avant pour ce pays attaché aux traditions catholiques.

Q. Pourquoi Malte résiste-t-elle toujours ?

R. La société maltaise est conservatrice et catholique. Les femmes qui doivent se faire avorter font appel à des médecins étrangers ou commandent des pilules abortives par la poste, avec tous les risques que cela implique. Apparemment, le gouvernement maltais ne compte pas changer les textes ni les sanctions prévues concernant l’IVG. Il aurait d’ailleurs écarté une proposition de loi en ce sens pas plus tard qu’en mai dernier.

Bizarrement, cet archipel de 450 000 habitants est très ouvert sur d’autres questions de société. Le mariage homosexuel y est autorisé depuis 2017, ainsi que l’adoption d’enfants par les couples de même sexe. Le changement d’état civil est également permis sur simple déclaration, ce qui en fait un pays particulièrement progressiste en matière de droits des personnes transgenres.

Q. Paradoxal, pour le moins. Tout comme la nomination de Mme Metsola, sachant que le reste de l’UE est prochoix…

R. En effet. Mais le Parlement européen n’en est pas à une contradiction près. Il y a parfois d’importantes divergences à l’intérieur même des grands groupes parlementaires, chacun composé de plusieurs partis nationaux. Par exemple, les Verts français et allemands n’ont pas la même vision sur la sortie du nucléaire, même s’ils sont rassemblés sous la même bannière. Idem pour les partis libéraux/centristes, qui ne partagent pas tous les mêmes idées sur le remboursement de la dette. Dans le groupe PPE, le Parti nationaliste maltais de Mme Metsola s’oppose à l’avortement, tandis que la formation grecque Nouvelle Démocratie (ND) est officiellement prochoix. Cela en dit long sur les clivages qui subsistent en Europe, en plus de rendre les débats peu lisibles pour le commun des mortels.

Q. Bon. Et on fait quoi avec cette Roberta ?

R. Mme Metsola est une professionnelle. Réagissant aux nombreuses réticences causées par ses convictions, la nouvelle présidente a assuré que son devoir « sera de représenter la position du Parlement », y compris sur les droits sexuels et reproductifs. Il reste que son élection est perçue par beaucoup comme un très mauvais signal envoyé par l’Union européenne…

Sources : Europedirect, vie-publique.fr, Le Monde, France Inter, touteleurope.eu, RTL, lunion.fr, Courrier international, ekathimerini.com, CNN