(Paris) Éric Zemmour à nouveau condamné pour provocation à la haine, cette fois pour ses propos sur les mineurs isolés : le tribunal correctionnel de Paris lui a infligé lundi une amende de 10 000 euros, un jugement qu’il a qualifié d’« idéologique et stupide » et dont il va faire appel.

Mis à jour le 17 janvier
Marie DHUMIÈRES Agence France-Presse

« C’est la condamnation d’un esprit libre par un système judiciaire envahi par les idéologues. Rien que de très tristement habituel, en somme », a réagi Éric Zemmour dans un communiqué. « C’est une justice politique. On me fait un procès politique », a-t-il ensuite déclaré à plusieurs médias.

L’avocat du polémiste, Olivier Pardo, avait annoncé l’appel de son client dès sa sortie de la salle d’audience.

« D’abord parce que la plupart du temps nous avons gagné en appel », a justifié Me Pardo, ensuite parce que le tribunal a « dénaturé la poursuite » en estimant que les propos de M. Zemmour « portaient atteinte aux immigrés » alors qu’ils visaient les mineurs isolés.

Dans son jugement, le tribunal a plutôt considéré que « sous couvert de désigner les “mineurs isolés” », l’ex-journaliste visait des personnes ayant en commun « le seul fait de ne pas appartenir à la Nation française ».

Habitué des procédures judiciaires, Éric Zemmour a été relaxé à plusieurs reprises et condamné deux fois pour provocation à la haine. Il était cette fois jugé pour des propos tenus sur la chaîne CNews, dont il était alors le chroniqueur vedette.

« Discours déculpabilisant »

Le 29 septembre 2020, lors d’un débat dans l’émission « Face à l’info » après un attentat devant les ex-locaux de Charlie Hebdo, le polémiste affirmait : « ils n’ont rien à faire ici, ils sont voleurs, ils sont assassins, ils sont violeurs, c’est tout ce qu’ils sont, il faut les renvoyer et il ne faut même pas qu’ils viennent ».

« C’est une invasion permanente », « c’est un problème de politique d’immigration », avait-il ensuite ajouté.

« Des propos particulièrement outrageants et dégradants », un « abus » de la liberté d’expression, a jugé le tribunal.

Les juges ont également estimé que « l’hostilité générée » était « de nature à favoriser des passages à l’acte qui se commettent d’autant plus facilement qu’ils trouvent comme terreau un discours déculpabilisant ».

« Il n’y a pas une once de racisme chez Éric Zemmour » qui ne fait que dire « la réalité », parfois de « manière brutale, avec ses mots », s’était emporté Me Pardo à l’audience en novembre, plaidant la relaxe.

Le tribunal a aussi condamné le directeur de publication de CNews, Jean-Christophe Thiery de Bercegol du Moulin, jugé au côté d’Éric Zemmour comme c’est l’usage dans les procès de presse, à 3000 euros d’amende.

« Condamner un patron de presse, c’est condamner à petit feu la liberté d’expression. Surtout lorsque le sujet est un débat de fond, un vrai enjeu politique », a réagi son avocat Me Olivier Baratelli, qui va également faire appel.

Autre procès jeudi

De nombreuses associations dont la LDH, la Maison des potes et SOS Racisme s’étaient portées parties civiles.  

« Derrière ce projet médiatique, il y a un projet politique, c’est un projet de haine, un projet qui tend à stigmatiser les personnes en raison de leur origine, en raison de leur confession, de leur race », a réagi Arié Alimi, avocat de la LDH, saluant une décision « importante ».

Les sorties controversées d’Éric Zemmour, 63 ans, contraint à la mi-septembre de quitter CNews en raison de ses ambitions présidentielles, lui ont valu depuis une dizaine d’années une quinzaine de poursuites en justice.

Il doit être jugé en appel jeudi pour contestation de crime contre l’humanité après avoir soutenu en octobre 2019 sur CNews que le maréchal Philippe Pétain avait « sauvé » les juifs français.

Il avait été relaxé en février 2021, le tribunal estimant que les propos avaient été prononcés « à brûle-pourpoint lors d’un débat sur la guerre en Syrie ».  

Son avocat espère un renvoi, dans le contexte de la présidentielle, pour ce qu’il qualifie de « délit d’opinon ».  

Éric Zemmour a par ailleurs aussi été assigné, le 27 janvier, par des sociétés et des personnalités du cinéma pour contrefaçon, après l’utilisation non autorisées d’images dans sa vidéo d’entrée en campagne.