(Londres) Le Royaume-Uni, hôte de la COP26 en novembre à Glasgow, peine à convaincre de la sincérité de ses ambitions climatiques, entre un budget qui relègue la transition énergétique en arrière-plan et le feu vert à une nouvelle mine de charbon.

Jean-Baptiste OUBRIER
Agence France-Presse

Le Royaume-Uni a pourtant été l’un des premiers pays occidentaux à s’engager à atteindre la neutralité carbone en 2050, et le premier ministre conservateur Boris Johnson, qui veut montrer l’exemple avant la conférence de Glasgow, a promis une « révolution verte » pour son pays.

Doutes sur les promesses

Sa feuille de route est connue, un plan en dix points avec notamment l’interdiction des véhicules polluants en 2030 ou encore la volonté du Royaume-Uni de devenir l’Arabie saoudite de l’éolien.

« Nous n’avons pas encore vu s’il est en passe de respecter sa promesse », constate Rebecca Willis, professeure à l’université de Lancaster, interrogée par l’AFP.

Pourtant, « le gouvernement a une occasion énorme de relancer l’économie après la COVID-19 en aidant à la création d’emplois verts et en investissant dans les infrastructures zéro carbone », selon elle.

Boris Johnson s’est fait rappeler à l’ordre fin février par son père Stanley qui lui demande de « mettre en pratique ce qu’il préconise » dans la protection de l’environnement.

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Stanley Johnson, le père du premier ministre britannique, a enjoint son fils de « mettre en pratique ce qu’il préconise » dans la protection de l’environnement.

« Malgré toutes les discussions sur une reprise verte, ce budget suggère que le Chancelier n’a pas pris conscience de l’urgence de la crise climatique », dénonce pour sa part Rebecca Newsom, de Greenpeace, en parlant du ministre des Finances Rishi Sunak.

Pire, selon elle, « le Royaume-Uni a une autorité affaiblie sur la scène mondiale avant la conférence sur le climat de novembre ».

Elle évoque le fiasco du mécanisme d’aides à la transition énergétique pour les ménages, qui est loin de ses objectifs et s’arrête en mars.

« Cette administration est bien trop timide dans sa politique sur l’efficacité énergétique », pourtant l’un des aspects les plus efficaces pour réduire les émissions, au regard de bâtiments vieillissants et véritables passoires énergétiques, explique à l’AFP Caroline Kuzemko, professeure à l’université de Warwick.

De même, rien n’a été annoncé sur les investissements dans les véhicules et batteries électriques, malgré le retard du pays en la matière.

« Avant la COP26 et alors que le secteur fait face à l’énorme défi de se décarboner en 9 ans, nous espérions plus », regrette l’association britannique de l’automobile SMMT.

« Ignominie » de la mine de charbon

Pour Keir Starmer, leader de l’opposition travailliste, le budget, qui comprend une banque publique sur les infrastructures et des emprunts pour financer des projets verts, « aurait dû inclure un plan de soutien vert majeur, mais à la place le gouvernement essaye de construire une nouvelle mine de charbon ».

Le gouvernement a suscité la consternation début janvier en choisissant de ne pas s’opposer au projet d’une mine de charbon souterraine dans le nord-ouest de l’Angleterre, la première depuis trente ans, alors même que Londres s’était fixé un objectif de sortie du charbon pour produire de l’électricité à horizon 2025.

Cette décision d’autoriser une mine certes destinée à fournir l’industrie et non les centrales thermiques, « nuit à la réputation du Royaume-Uni à un moment crucial », selon Mme Willis.

Pour Caroline Kuzemko, le gouvernement « tente de trouver un équilibre entre ses promesses électorales », qui consistent à aider les régions hors de Londres, « et son obligation légale de respecter les objectifs climatiques ».

Le scientifique américain James Hansen, l’un des premiers à avoir averti il y a 30 ans du réchauffement de la planète, a même évoqué une « ignominie » dans une lettre à Boris Johnson.

Face à la polémique, les autorités locales, qui ont le dernier mot sur le projet, ont décidé de le réexaminer, mais le mal est fait pour le gouvernement.

Le nouveau ministre des Entreprises, Kwasi Kwarteng, avait reconnu une « légère tension » entre les objectifs climatiques du pays et la décision de valider cette mine, le Financial Times fustigeant pour sa part une approche « incohérente ».

Le gouvernement lui communique plus volontiers sur ses progrès dans les renouvelables qui sont devenus pour la première fois en 2020 la plus grande source de production d’électricité au Royaume-Uni.

Le pays devrait en outre abriter dans quelques années le plus grand champ d’éoliennes en mer au monde.

Mais là encore, la stratégie fait débat puisque les pouvoirs publics encouragent toujours en parallèle le nucléaire, essentiel pour atteindre ses objectifs climatiques, mais avec des projets risqués politiquement et qui coûtent très chers.