Faut-il interdire le voile islamique intégral? Après la Belgique et la France, le débat fait tache d'huile en Espagne, surtout en Catalogne (nord-est) où les interdictions municipales se multiplient, tandis que le gouvernement de José Luis Rodriguez Zapatero hésite à trancher

Pierre Ausseill AGENCE FRANCE-PRESSE

Le Parlement régional de Catalogne, l'une des deux régions les plus peuplées du pays doit se prononcer prochainement pour ou contre une motion, non contraignante, de la droite pressant les autorités régionales d'interdire le voile intégral (burqa ou niqab) dans tout l'espace public. Ce vote à l'issue incertaine était à son ordre du jour mercredi, mais a été reporté à une date non précisée, apparemment en raison de l'agenda chargé de la chambre.

Ses promoteurs estiment que l'Espagne ne peut continuer de «s'abriter derrière le politiquement correct» et «rester en marge du débat européen».

La Belgique a approuvé fin avril l'interdiction du voile intégral dans tout l'espace public. Un projet similaire sera présenté en juillet au Parlement français.

La semaine dernière, le Sénat espagnol a approuvé une motion semblable de la droite demandant au gouvernement d'interdire le voile intégral dans les lieux publics.

En Espagne, où la communauté musulmane représente 1,2 million de personnes mais où le port du voile intégral est ultra-minoritaire, ce sont des communes catalanes qui ont pris les devants.

Neuf municipalités de cette région abritant d'importantes communautés marocaine et pakistanaise, ont interdit ces dernières semaines le voile intégral dans les édifices publics, pas dans la rue.

Barcelone, a annoncé la semaine dernière qu'elle allait suivre, comme l'a déjà fait lundi la commune andalouse de Coin (sud).

La question transcende les clivages: ces interdictions ont été prononcées à l'initiative de toutes couleurs politiques.

«Elle ne veut pas de problèmes. Elle m'a dit: je vais remplacer la burqa par une casquette et des lunettes de soleil», témoigne dans El Pais l'époux marocain de l'unique femme intégralement voilée de Cunit, ville catalane ayant voté l'interdiction. Le journal explique que le mari s'exprime à la place de son épouse de 26 ans, arrivée en Espagne il y a neuf ans quand elle était encore mineure, car elle ne parle pas espagnol.

Le débat suscite un certain embarras au sein du gouvernement socialiste, partagé entre deux de ses marques d'identité: la défense de l'égalité hommes-femmes, et le respect des cultures qu'il promeut internationalement à travers son initiative de «Dialogue des civilisations» entérinée par l'ONU.

«À ce rythme, il y aura bientôt plus d'arrêtés municipaux que de burqas en Espagne», a déploré la ministre de l'Egalité, Bibiana Aido, jugeant «nécessaire une régulation générale du voile intégral».

«La burqa ne pose pas seulement un problème d'identification. Elle porte  atteinte à l'égalité et à la liberté des femmes. Mais c'est une question extrêmement complexe qu'il faut aborder avec réflexion pour ne pas créer beaucoup plus de problèmes», a-t-elle souligné.

Le ministre de la Justice, Francisco Caamaño, a déclaré que le gouvernement songeait à inclure une mesure pour restreindre l'usage du voile intégral dans les lieux publics dans sa loi en préparation sur la «liberté de religion».

La puissante église catholique espagnole défend le port du voile intégral au nom de la Constitution qui stipule: «Les personnes et institutions ont le droit de manifester leur croyance, dans la limite du respect de l'ordre public».

Amnesty international s'est prononcé mardi contre l'interdiction, au nom de la liberté religieuse et d'expression.