Des dizaines d’hommes masqués membres d’un groupe suprémaciste blanc ont été arrêtés la semaine dernière près d’une manifestation de la fierté LGBTQ+ à Cœur d’Alene, en Idaho. « Ces groupes sont davantage prêts à utiliser la violence », note une experte.

Publié le 23 juin
Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse

31 arrestations

Le 10 juin, 31 membres masqués d’un groupe d’extrême droite ont été arrêtés à Cœur d’Alene, en Idaho. Selon la police locale, les membres en provenance de 11 États avaient convergé vers un même hôtel et étaient en train de monter dans la caisse d’un camion U-Haul lorsqu’ils ont été aperçus par un citoyen qui a appelé le 911. « Sur la base de l’équipement que les individus avaient et des documents qui ont été saisis sur eux, il est évident à nos yeux qu’ils étaient venus pour faire une émeute dans le centre-ville », a déclaré le chef de la police de Cœur d’Alene, Lee White, lors d’une conférence de presse. L’émeute coïncidait avec le défilé de la fierté LGBTQ+ qui avait lieu ce jour-là dans la ville de 50 000 habitants.

Photos Kootenai county Sheriff’s office, fournie par l’Associated Press

Les 31 membres de Patriot Front arrêtés

Émeute évitée à la dernière minute

Les individus étaient membres de Patriot Front, groupe suprémaciste blanc impliqué dans l’émeute mortelle survenue en 2017 à Charlottesville, en Virginie. En entrevue avec La Presse, Amy Cooter, sociologue et spécialiste des milices américaines, note que ces arrestations survenues en plein jour ne sont pas étonnantes. « Des groupes comme Patriot Front, qui ont des éléments nationalistes blancs et néonazis, considèrent la fierté LGBTQ+ et d’autres groupes minoritaires comme des “menaces” pour les Américains blancs hétérosexuels, et leur objectif est d’utiliser la violence pour tenter de “corriger” la situation. »

Effort renouvelé

Mme Cooter note que les communautés LGBTQ+ sont depuis longtemps persécutées, ayant été visées notamment durant l’holocauste. « Donc, ce n’est pas nouveau, mais il y a un effort renouvelé pour viser ces groupes en utilisant les réseaux sociaux pour se coordonner. Dans leurs discussions, les suprémacistes blancs utilisent la peur pour légitimer les réactions violentes à l’endroit des groupes marginalisés. C’est conforme à ce que nous avions prévu depuis un bon moment : il y a eu d’autres arrestations de la sorte depuis un an et demi aux États-Unis, et je ne m’attends pas à ce que cela cesse dans un avenir rapproché. »

PHOTO fournie par l’Université Vanderbilt

Amy Cooter, sociologue et spécialiste des milices américaines

Pourquoi l’Idaho ?

Pourquoi les militants ont-ils visé l’Idaho ? Plusieurs observateurs font un lien entre cet évènement et de nouvelles lois visant les enfants trans et limitant l’accès à l’avortement récemment votées dans l’État, a noté Mike Satz, directeur d’Idaho 97 Project, groupe qui milite contre l’extrémisme. « Les dirigeants de l’Idaho n’en font pas assez pour s’assurer qu’un groupe comme Patriot Front ne se sente pas le bienvenu ici. En fait, certains de nos dirigeants semblent encourager ces groupes par leurs déclarations, leur conduite et leurs associations. Nos dirigeants civils, politiques, commerciaux et religieux doivent condamner la haine que nous voyons se répandre dans notre État », a-t-il dit dans une déclaration.

Le Parti républicain du Texas adopte l’homophobie

La marginalisation des personnes des communautés LGBTQ+ et l’adoption d’autres positions d’extrême droite sont de plus en plus affichées au grand jour dans la sphère politique américaine. Cette semaine, le Parti républicain du Texas a adopté officiellement une plateforme dans laquelle l’homosexualité est qualifiée de « choix de vie anormal » et un rejet des protections offertes aux personnes trans ou homosexuelles. Selon l’organisation non gouvernementale Anti-Defamation League, les évènements d’intimidation et de harcèlement sont en forte hausse ce mois-ci, mois de la fierté LGBTQ+.

PHOTO FOURNIE PAR L’Anti-Defamation League

Des membres du groupe Patriot Front brûlent des drapeaux volés de la fierté LGBTQ+.

Conséquences minimes

Amy Cooter note que des accusations de délit mineur ont été déposées contre les 31 membres du groupe Patriot Front, ce qui ne fait rien pour décourager d’autres militants de tenter la même chose. « Peut-être que d’autres accusations seront déposées, mais si tout ce qu’on fait, c’est leur imposer une amende, ce n’est pas dissuasif, explique-t-elle. En ligne, de nombreux extrémistes font des blagues à ce sujet et disent qu’ils n’ont rien à perdre parce que les conséquences sont minimes, alors lancer ce genre d’action en vaut la peine. Et c’est vrai même dans les cas où l’objectif de violence n’est pas atteint, car ça leur donne de l’importance, de la visibilité, et les gens savent qu’ils existent. On voit que ces groupes sont bien mieux organisés et davantage prêts à utiliser la violence. »