(Saint Paul) « Je présumais qu’ils s’occupaient de lui » : un des policiers jugés pour sa passivité lors du meurtre de l’Afro-Américain George Floyd a nié mardi toute responsabilité dans le drame, prenant soin de se distinguer de ses collègues.

Mis à jour le 15 février
Joy POWELL Agence France-Presse

Vêtu d’un costume sombre, Tou Thao, 35 ans, a témoigné dans le cadre d’un procès fédéral ouvert le 20 janvier à Saint Paul, dans le nord des États-Unis, contre trois policiers impliqués dans la mort du quadragénaire noir.

Premier des accusés à monter à la barre et à s’exprimer publiquement dans ce dossier qui a bouleversé le monde, ce fils de réfugiés laotiens a insisté sur le fait que, pendant l’agonie de George Floyd, il se tenait à distance.

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Les accusés J. Alexander Kueng, Thomas Lane et Tou Thao. Thao affirme que son rôle dans l’arrestation de George Floyd était de se tenir au coin de la rue pour empêcher un accident tandis que ses collègues cherchaient à maîtriser l’Afro-Américain.

« J’avais un rôle différent à jouer », a-t-il expliqué, se présentant comme « un cône de circulation humain » positionné au coin de la rue pour empêcher un accident, tandis que ses collègues cherchaient à maîtriser l’Afro-Américain.  

Ce 25 mai 2020, Alexander Kueng et Thomas Lane, deux nouvelles recrues de la police de Minneapolis, avaient été appelés par un commerçant qui soupçonnait George Floyd d’avoir utilisé un faux billet de 20 dollars pour payer un paquet de cigarettes.

Alors qu’ils peinaient à faire entrer dans leur véhicule cet homme à la stature imposante, ils avaient été rejoints par deux agents expérimentés, Tou Thao et Derek Chauvin.  

« En huit ans de carrière, je n’avais jamais vu une telle lutte », a déclaré Tou Thao, assurant que George Floyd avait « une force surhumaine » et « était sous l’influence de drogues » ce qui, selon lui, justifiait de le plaquer au sol, menotté.

Derek Chauvin s’était alors agenouillé sur son cou, les deux nouveaux à ses côtés, tandis que Tou Thao gardait les passants, affolés, à distance. Les quatre hommes n’avaient plus bougé malgré les râles du quadragénaire.

La scène, filmée et mise en ligne, avait déclenché d’immenses manifestations contre le racisme et les violences policières dans tous les États-Unis.

« Aucune idée »

En juin, Derek Chauvin a été reconnu coupable de meurtre et condamné à 22 ans et demi de prison par la justice de l’État du Minnesota. Ses trois collègues seront jugés dans ce cadre à partir du 13 juin prochain pour « complicité de meurtre ».

En parallèle, la justice fédérale a ouvert des poursuites pour « violation des droits civiques » de George Floyd. En décembre, Derek Chauvin a plaidé coupable dans ce volet, admettant pour la première fois une part de responsabilité dans le drame.

Ses trois collègues comparaissent donc sans lui depuis près de trois semaines. Ils sont notamment accusés de ne pas avoir apporté les secours nécessaires au quadragénaire malgré les signes de détresse médicale, alors que c’est une obligation pour les policiers.

À la barre, Tou Thao a assuré n’avoir « eu aucune idée » de la gravité de l’état de George Floyd avant l’arrivée des secours. Pressé par l’accusation, il a redit avoir « présumé » que ses collègues s’en occupaient.

Mais il a dû reconnaître qu’il avait vu Derek Chauvin mettre son genou sur le cou du quadragénaire. Il a également admis avoir souvent regardé ce qu’il se passait derrière lui. « Ça veut dire que vous saviez que George Floyd ne résistait pas ? » lui a demandé la procureure. « C’est possible », a-t-il répondu, visiblement en difficulté.

Le contre-interrogatoire doit reprendre mercredi.  

Les deux autres accusés qui, à eux deux, avaient dix patrouilles à leur actif, devraient aussi monter à la barre. Ils devraient insister sur l’ascendant exercé par Derek Chauvin et ses 19 ans d’expérience dans la police.