(Washington) Un juriste afro-américain et une avocate d’origines mexicaine et japonaise : les premiers juges nommés par Joe Biden incarnent la volonté du président américain de promouvoir la diversité dans les tribunaux fédéraux après une déferlante de magistrats conservateurs sous Donald Trump.

Charlotte PLANTIVE Agence France-Presse

Julien Neals, 56 ans, et Regina Rodriguez, 57 ans, avaient déjà été choisis en 2015 par le président démocrate Barack Obama pour devenir juges fédéraux, mais ils n’avaient pas obtenu le feu vert de la chambre haute du Congrès, obligatoire selon la Constitution.  

Les sénateurs républicains, alors majoritaires, avaient tout simplement refusé de les auditionner. Mardi, ils ont obtenu leur revanche, en décrochant le précieux sésame à une large majorité.

Dans un communiqué se félicitant de leurs nominations, Joe Biden a noté que les juges ont bénéficié d’un « soutien des deux partis », tout en saluant leur « excellence professionnelle ».

Outre ces deux impétrants, le président démocrate a déjà sélectionné dix-huit autres spécialistes du droit pour occuper des sièges vacants dans les tribunaux fédéraux. Sur la liste ne figurent que trois hommes : deux hispaniques et un musulman d’origine pakistanaise, qui sera le premier magistrat fédéral de cette confession.  

Même diversité chez ses recrues féminines qui, outre des juristes noires et latinos, comptent aussi des magistrates d’origine asiatique et une Amérindienne.  

Élu avec le soutien des minorités, le démocrate est, selon la Maison-Blanche, « convaincu que le système judiciaire fédéral doit représenter la diversité de la Nation, à la fois en termes d’expérience personnelle que professionnelle ».

Sa sélection représente un revirement complet par rapport à son prédécesseur : en quatre ans, Donald Trump a fait entrer plus de 230 juges dans les tribunaux fédéraux, dont trois quarts d’hommes et 85 % de personnes blanches, selon l’American Constitution Society.  

Les critères de choix du républicain étaient ailleurs : pour plaire à ses électeurs conservateurs, il avait promis de choisir des magistrats opposés à l’avortement et défenseur du port d’armes.  

Comme ces postes sont à vie, l’ancien président va laisser une marque durable sur le système judiciaire.

« Expérience de la vie »

Déterminé à diluer son influence, Joe Biden agit vite, afin d’obtenir le maximum de confirmations avant les élections de mi-mandat qui pourraient lui faire perdre le contrôle du Sénat, déjà fragile.  

Pour lui donner des marges de manœuvre, plusieurs juges de sensibilité démocrate ont pris une retraite ou préretraite, libérant des postes. À l’heure actuelle, plus de 80 sièges, sur les quelque 870 au total, sont à pourvoir.

« On va être capable de restaurer l’équilibre dans les tribunaux », a assuré mardi le chef des sénateurs démocrates Chuck Schumer, en louant l’arrivée de juges « plus divers et plus qualifiés que les gens de droite que Trump n’a cessé de choisir ».

Une pression forte est exercée sur le doyen de la Cour suprême, le progressiste Stephen Breyer, 82 ans, pour qu’il se retire lui aussi. Cela donnerait à Joe Biden la possibilité de tenir sa promesse de campagne et de faire entrer, pour la première fois dans l’histoire, une femme noire au sein du temple du droit américain.

Parmi les candidates potentielles figure Ketanji Brown Jackson, 50 ans que le président a nommée au sein de l’influente cour fédérale d’appel de Washington, considérée comme un tremplin vers la Cour suprême.

Son parcours-championne de concours d’éloquence dès le lycée, diplômée avec mention de la prestigieuse université de Harvard, une carrière dans le public et le privé et huit ans comme juge fédérale de première instance-est à la hauteur.

Son audition devant les sénateurs, en avril, a donc fait l’objet de toutes les attentions. Interrogée par un élu républicain, elle a juré mettre à l’écart « ses opinions personnelles et tout autre considération inappropriée », y compris sa couleur de peau, dans son examen des dossiers.

Mais, « j’ai peut-être une expérience de la vie différente de celle de mes collègues », a-t-elle sobrement reconnu.