(Minneapolis) Le corps de Justin Teigen a été découvert dans une benne à ordure en 2009 et sa mort a été déclarée accidentelle. Mais pour ses proches, il est l’une des nombreuses victimes des violences policières longtemps couvertes par les autorités de l’État américain du Minnesota.

Ben Sheppard
Agence France-Presse

« Ils l’ont classée comme un accident, mais la vérité est qu’ils l’ont battu à mort avant de le jeter dans la benne », affirme à l’AFP sa fiancée de l’époque, Toshira Garraway.

Pour elle, la mort de George Floyd l’année dernière, et celle de Daunte Wright dimanche, sont deux exemples d’une longue série de « meurtres racistes » commis par la police du Minnesota.

« Ces nouveaux cas ne sont pas isolés », assure la fondatrice d’une association d’entraide des familles de victimes de violences policières.  

Son combat a été long et difficile. « Je me suis battu avec la police sur leur version et (des policiers) m’ont suivi, m’ont harcelé, m’ont attendu devant chez moi », raconte-t-elle.       

Elle dénonce un racisme présent à « tous les niveaux » de l’État. « Ce ne sont pas seulement les policiers, il y a aussi les médecins légistes, les procureurs », dit Toshira Garraway.  

L’action des forces de l’ordre du Minnesota sont au centre de l’attention depuis la mort de George Floyd, un Afro-Américain, lors de son arrestation violente filmée par des passants en mai 2020.

Un policier blanc, Derek Chauvin, est actuellement jugé pour meurtre, accusé d’avoir asphyxié le quadragénaire en maintenant un genou sur le cou de sa victime allongée par terre pendant près de dix minutes. Son procès est considéré par beaucoup comme un test sur l’immunité dont bénéficient les policiers.

Les tensions ont été encore exacerbées depuis la mort de Daunte Wright, 20 ans, blessé mortellement lors d’un banal contrôle routier par une policière qui aurait confondu son arme de service et son pistolet à impulsion électrique.

Des familles en deuil

Justin Teigen est aussi mort lors d’un contrôle routier à St Paul, la ville jumelle de Minneapolis.

La police a affirmé qu’il s’était enfui à pied et s’était caché dans une benne à ordure. L’autopsie a conclu qu’il est mort broyé dans un camion-poubelle.

« La police ment, elle manipule les images vidéos, elle ne fait rien », accuse Toshira Garraway, qui a eu un enfant aujourd’hui âgé de 14 ans avec son compagnon.

Elle était présente mardi à une conférence de presse, avec les familles de George Floyd et Daunte Wright.

Il y avait aussi les proches de Jamar Clark, victime de tirs de la police en 2015, et de Kobe Dimock-Heisler, criblé de balles en 2019 après avoir brandi un couteau à Brooklyn Center.

Les deux policiers étant intervenus n’ont pas été poursuivis pour la mort de ce dernier, jeune autiste de 21 ans. Selon la justice, ils avaient jugé que leur vie était en danger.

« La seule chose qui a détérioré la situation, c’est la police », affirme à l’AFP sa mère, Amity.

Elle dénonce le fait qu’aucun des policiers de la ville ne vive à Brooklyn Center et plus largement, un système de gouvernement qui conduit les minorités « directement de l’école à la prison ».

Elle aussi a dû se battre pour voir les images des caméras-piétons des policiers, qui « ont été rendues publiques seulement après la mort de George Floyd ».

Condamnation attendue

La mère de Jaffort Smith, Matilda, accuse la police de St Paul d’avoir tué son fils, soupçonné d’avoir tiré sur une femme, alors qu’il obéissait aux ordres de jeter son arme en 2016.

Pour elle, le procès de Derek Chauvin offre « une lueur d’espoir ».

« La vidéo est la preuve que tout ce qu’on dit depuis longtemps arrive réellement. Le jury doit le déclarer coupable », dit-elle.

Les familles de victimes soulignent que le seul policier du Minnesota condamné dans ce genre d’affaire est un Américain noir, originaire de Somalie, accusé d’avoir tué une femme blanche.

Selon l’organisation de défense des droits civiques ACLU, la police a tué plus de 260 personnes depuis le début de l’année.

Pour Mme Garraway, dont l’association inclut environ 25 familles, la police de l’État du Minnesota aurait fait des centaines de victimes depuis 20 ans.

« Nous espérons juste que le procès Chauvin sera le moment où les choses peuvent changer », dit-elle. « Le monde entier regarde et c’est la seule affaire qu’ils ne peuvent pas couvrir ».

« Nos familles se battent depuis des années, mais (les autorités) ne nous ont pas écoutés, n’ont rien changé. C’est la raison pour laquelle George Floyd et Daunte Wright sont morts ».