L’utilisation accrue du vote par correspondance sur fond de pandémie n’a pas eu d’effet déterminant sur le résultat de l’élection présidentielle américaine de 2020, même si cette perception est largement répandue dans la classe politique et la population du pays.

Publié le 9 mars 2021
Marc Thibodeau
Marc Thibodeau La Presse

Telle est du moins la conclusion de deux récentes études suggérant que la flexibilité de nombreux États en la matière a eu une incidence sur la manière dont nombre d’Américains ont choisi d’exercer leur droit de vote, sans influer sur leur décision de voter ou conférer un avantage indu au candidat démocrate, Joe Biden, face au président sortant, Donald Trump.

« Les démocrates étaient plus susceptibles d’utiliser le vote par correspondance parce qu’ils étaient encouragés à le faire, contrairement aux républicains. Mais les démocrates sont allés voter en personne lorsqu’ils ne pouvaient le faire à distance et les républicains qui ne voulaient pas voter par correspondance se sont rendus aux urnes », souligne en entrevue Alan Abramowitz, expert du système électoral américain rattaché à l’Université Emory, en Géorgie.

Le chercheur relève que la proportion d’électeurs ayant choisi en novembre le vote par correspondance a varié d’un État à l’autre en fonction de la sévérité des critères restreignant son utilisation, passant de 11 % là où les règles étaient les plus restrictives à 73 % où elles l’étaient le moins.

Le taux de participation observé dans les États où le vote par correspondance était le plus utilisé s’est avéré « légèrement supérieur », mais pas suffisamment, selon lui, pour favoriser à l’arrivée la victoire d’un camp plutôt que l’autre.

Il n’y a « aucun lien » entre le taux de vote par correspondance enregistré dans un État donné et la marge d’écart entre le pourcentage de voix obtenues par Joe Biden en 2020 et celui de son camp à l’élection de 2016, dit M. Abramowitz.

Le chercheur note que la peur de la pandémie, qui était évoquée pour justifier l’élargissement de l’accès au vote par correspondance, n’a pas eu l’effet escompté sur la décision des gens de voter ou non.

À l’inverse, le niveau de polarisation entourant le président sortant a sans doute eu, dit-il, un impact déterminant sur la mobilisation populaire, reflétée par un taux de participation global de 66,7 %.

Aucune influence sur le choix

Une équipe de chercheurs de l’Université Stanford est arrivée à des conclusions similaires.

Ses auteurs ont relevé la semaine dernière que les États ayant introduit un système de vote par correspondance sans restriction pour l’élection de 2020 ont enregistré une hausse du taux de participation du même ordre que celui des États où l’accès à cette méthode était étroitement balisé.

Ils notent, de manière plus générale, que des électeurs hésitant à participer à un scrutin peuvent se décider à voter s’ils ont l’impression que le processus technique est aménagé pour leur faciliter la tâche et réduire de possibles risques. « Très peu » d’entre eux sont cependant susceptibles, lit-on, d’être influencés par de telles mesures dans le cas d’élections chaudement contestées comme celle de novembre dernier.

La principale conséquence d’un accès élargi au vote par correspondance est de changer la manière dont les gens votent, pas leur décision de voter ou non.

Les chercheurs de l’Université Stanford

Ils rejettent du même coup l’idée que Joe Biden a pu être avantagé.

« Le fait de simplement observer que de nombreuses personnes ont voté par correspondance en 2020 et que nombre d’entre elles étaient démocrates ne suffit pas à conclure que le vote par correspondance a aidé les démocrates », puisque la plupart de ces électeurs auraient « probablement » voté en personne s’ils n’avaient pas eu le choix, concluent-ils.

Les deux études surviennent alors que républicains et démocrates croisent le fer au Congrès sur le processus électoral et le recours au vote par correspondance, dénoncé à de nombreuses reprises comme une source de fraude par l’ex-président Donald Trump, malgré les démentis des tribunaux et de nombreux experts du système électoral.

Dire, chiffres à l’appui, que l’élargissement du vote par correspondance n’a pas conféré un avantage indu aux démocrates ne convaincra pas l’ancien chef d’État de cesser de parler d’allégations de fraude, mais devrait au moins permettre de lever les doutes sur quelques croyances populaires au sujet de l’impact de ce type de vote sur le taux de participation et le résultat du scrutin, dit M. Abramowitz.

« C’est devenu un enjeu symbolique important, mais beaucoup d’élus ne comprennent pas nécessairement la recherche à ce sujet et arrivent aux mauvaises conclusions en faisant une lecture superficielle des faits », conclut-il.