(New York) À la veille de l’ouverture de la CPAC, grand-messe annuelle qui réunit des milliers de conservateurs américains, Kevin McCarthy n’a laissé aucun doute quant au but de l’édition 2021, qui prendra fin dimanche avec le premier discours public de Donald Trump depuis la fin de sa présidence.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

« Nous allons voir le début de la planification de la prochaine administration, et je peux vous dire que les personnes qui sont en haut de cette liste ont toutes Trump comme nom de famille », a déclaré le numéro un des républicains à la Chambre des représentants sur Fox News, jeudi soir.

La foi manifestée par Kevin McCarthy envers Donald Trump et les siens peut étonner. Après tout, les républicains ont perdu la Maison-Blanche, le Sénat et la Chambre au cours des quatre dernières années. Qui plus est, le 45e président a été accusé par un dirigeant de son propre parti d’être le grand responsable de l’assaut du Capitole des États-Unis. Et il est confronté à de multiples enquêtes, dont certaines pourraient lui valoir des inculpations criminelles.

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Kevin McCarthy, leader de la minorité républicaine à la Chambre des représentants

Pour autant, les conservateurs et les républicains présents ce week-end à Orlando, en Floride, semblent d’accord avec Kevin McCarthy pour voir en Donald Trump un homme incontournable. Comment est-ce possible ?

Susan MacManus, politologue émérite de l’Université de Floride du Sud, refuse de parler d’un phénomène irrationnel se rapprochant du culte de la personnalité.

Les succès des républicains au niveau des États et des localités en novembre dernier ont compensé ce qui a été perdu à Washington. Et les conservateurs reconnaissent que Donald Trump est responsable de la mobilisation des électeurs qui ont rendu possibles ces succès.

Susan MacManus, politologue émérite de l’Université de Floride du Sud

En faisant allusion à Kevin McCarthy et aux autres politiciens républicains qui traitent Donald Trump avec des gants blancs, elle a ajouté : « Les gens présents à la CPAC ne pensent pas vraiment à 2024. Ils pensent à l’an prochain et ils veulent s’assurer d’avoir leur part de l’argent que l’ancien président pourrait distribuer en vue des élections de mi-mandat en 2022. »

Un tremplin pour les présidentiables

Inaugurée en 1974, la CPAC a longtemps servi de tremplin aux politiciens républicains qui nourrissaient des ambitions présidentielles. Ces derniers sont bien représentés ce week-end, à en juger par la liste des participants, qui inclut les sénateurs Ted Cruz (Texas), Josh Hawley (Missouri) et Tom Cotton (Arkansas), de même que les gouverneurs Ron DeSantis (Floride) et Kristi Noem (Dakota du Sud).

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Josh Hawley, sénateur républicain du Missouri, lors d’un discours à la CPAC, vendredi

Certains présidentiables ont cependant choisi de ne pas se présenter à Orlando. L’ancien vice-président, Mike Pence, et l’ancienne ambassadrice des États-Unis auprès des Nations unies, Nikki Haley, font partie de ce groupe. Après avoir annoncé la mort politique de Donald Trump lors d’une interview récente accordée au site Politico, cette dernière semble avoir réalisé qu’elle a probablement parlé trop vite.

Chose certaine, les candidats potentiels à l’élection présidentielle de 2024 savent que Donald Trump et ses fausses allégations de fraude électorale seront à l’honneur à Orlando ce week-end. Pas moins de sept ateliers porteront sur des sujets liés aux accusations de l’ancien président concernant le scrutin de 2020. Parmi les titres des ateliers : « Autres coupables : pourquoi les juges et les médias ont refusé d’examiner les preuves » ; « La gauche a tiré les ficelles, l’a dissimulé et l’a même admis » ; « États en faillite (Pennsylvanie, Géorgie, Nevada…) ».

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Tom Cotton, sénateur républicain de l’Arkansas, a pris la parole vendredi à la CPAC.

Dans son discours, Donald Trump ne manquera pas de revenir sur ces sujets. Et il pourra compter sur un auditoire réceptif.

« Il y a encore bien plus de la moitié des républicains qui croient qu’il y a eu des fraudes électorales qui ont été camouflées par les médias », a commenté la politologue Susan MacManus, de Floride. « Et d’où cela vient-il ? Cela vient en partie des médias locaux qui ont rapporté divers problèmes concernant le vote par correspondance. Ces problèmes n’étaient certes pas de nature à changer les résultats de l’élection présidentielle, mais ils expliquent pourquoi les médias nationaux n’ont aucune crédibilité auprès de nombreux républicains. »

Mais Donald Trump ne parlera pas seulement de l’élection présidentielle de 2020. Il voudra également se positionner comme une force irrésistible non seulement en 2022, mais également en 2024.

Le « candidat présumé » de 2024

« Je n’ai plus Twitter ou le bureau Ovale, mais je suis toujours aux commandes. »

Lundi dernier, le site Axios a prêté cette déclaration à un conseiller de longue date de Donald Trump, qui résumait ainsi le message que livrera l’ancien président à la CPAC.

Dans ce message, selon d’autres conseillers anonymes cités par Axios, le 45e président voudra se poser en « candidat présumé » du Parti républicain pour l’élection présidentielle de 2024. Il n’a pas encore décidé s’il briguera de nouveau la Maison-Blanche, mais il veut ainsi signaler son intention d’occuper tout le terrain jusqu’à nouvel ordre.

« Trump est en fait le Parti républicain », a déclaré Jason Miller, proche conseiller de l’ancien président, au site Axios.

Le seul fossé est entre les élites de Washington et les républicains de la base dans tout le pays. Lorsque vous attaquez le président Trump, vous attaquez la base républicaine.

Jason Miller, proche conseiller de l’ancien président Donald Trump, au site Axios

D’ici 2022, Donald Trump tentera de prendre sa revanche contre les élus républicains du Congrès qui ont voté en faveur de sa mise en accusation ou de sa condamnation pour son rôle dans l’assaut du Capitole. La représentante du Wyoming Liz Cheney, numéro trois du groupe républicain à la Chambre, sera l’une de ses principales cibles.

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Liz Cheney, représentante républicaine du Wyoming

Mercredi, la fille de Dick Cheney a affirmé que Donald Trump ne devrait plus jouer « aucun rôle dans l’avenir du parti ou du pays ». La veille, elle avait été encore plus explicite que jamais dans son rejet de l’assaut du Capitole, dont plusieurs partisans de Donald Trump tentent aujourd’hui de minimiser l’importance ou d’attribuer la responsabilité au mouvement d’extrême gauche Antifa.

« Il est très important, surtout pour nous, républicains, de faire comprendre que nous ne sommes pas le parti de la suprématie blanche », a déclaré Liz Cheney lors d’un discours à l’Institut Reagan.

Liz Cheney n’a pas été invitée à l’édition 2021 de la CPAC, dont le thème général est « America Uncanceled », en référence à la « culture du bannissement » décriée ces jours-ci par les conservateurs américains.

Il sera intéressant de voir si c’est elle ou Donald Trump qui aura quitté la scène politique en 2024.