(Washington) Un comité d’experts a recommandé vendredi la mise sur le marché du vaccin unidose de Johnson & Johnson aux États-Unis, ouvrant ainsi la voie, lorsque l’autorisation en urgence sera confirmée par les autorités sanitaires, à la distribution imminente de plusieurs millions de doses d’un troisième vaccin contre la COVID-19 dans le pays.  

Lucie AUBOURG
Agence France-Presse

Les membres de ce panel – une vingtaine de scientifiques indépendants – ont tous estimé, lors d’un vote, que les bénéfices du vaccin pour les personnes âgées de 18 ans et plus l’emportaient sur les risques de son utilisation.

Le feu vert final devra maintenant être donné par l’Agence américaine des médicaments, la FDA. Pour Pfizer et Moderna, les deux remèdes déjà approuvés aux États-Unis, l’autorisation avait été accordée dès le lendemain du rendu de l’avis favorable du comité.

Les experts se sont prononcés au terme d’une journée de discussions retransmises en direct sur l’internet, et après avoir étudié en détail les données des essais cliniques, conduits sur quelque 40 000 personnes.  

Plusieurs ont évoqué, pour justifier leur décision, la « course » contre le temps induite par la pandémie, le manque de doses de vaccins déjà autorisés immédiatement disponibles, et l’apparition de nouveaux variants.

Exercice de transparence peu commun, la retransmission des réunions de ce comité est en partie destinée à rassurer le grand public en démontrant le sérieux de la procédure.

Ce vaccin présente deux avantages logistiques conséquents : il ne s’administre qu’en une seule dose et peut être stocké à des températures de réfrigérateur.

« Nous avons tous vu la nouvelle sur le vaccin de Johnson & Johnson aujourd’hui – un troisième vaccin sûr et efficace », a déclaré vendredi Joe Biden depuis Houston, peu après le vote du comité.

« Nous allons utiliser toutes les voies imaginables pour étendre la fabrication du vaccin, du troisième vaccin, et obtenir encore plus de progrès rapides » dans la campagne de vaccination, a ajouté le président américain.

« Si la FDA approuve l’autorisation de ce vaccin, nous avons un dispositif pour le distribuer aussi rapidement que Johnson & Johnson peut » suivre, avait-il déclaré jeudi.

Efficace et sûr

L’autorisation conditionnelle du vaccin de Johnson & Johnson fait peu de doute, la FDA ayant elle-même rendu publique toute une série de documents plus tôt cette semaine, dans lesquels elle a confirmé l’efficacité du vaccin.

« Les analyses soutiennent un profil de sécurité favorable sans inquiétudes spécifiques de sécurité identifiées qui pourraient empêcher l’émission d’une autorisation d’utilisation en urgence », a-t-elle écrit mercredi.

L’efficacité du vaccin était lors des essais de 85,9 % contre les formes graves de la COVID-19 aux États-Unis.

Toutes régions de l’essai clinique confondues, elle était de 66,1 % contre les formes modérées de la maladie, et globalement « similaire » pour toutes les catégories de population (âges, ethnies).

Les effets secondaires les plus fréquemment observés étaient une douleur à l’endroit de l’injection, des maux de tête, de la fatigue et des douleurs musculaires.

Ce vaccin est déjà utilisé en Afrique du Sud, où un cas d’anaphylaxie – une grave réaction allergique – a été observé, a révélé Macaya Douoguih, de chez Johnson & Johnson, durant la réunion vendredi.

De telles réactions, quoique très rares, ont aussi été notées après des injections des vaccins de Moderna et Pfizer.

Des représentants de la FDA ont également évoqué quelques cas d’urticaire et de rares cas d’évènements thromboemboliques (obstruction de la circulation sanguine) et d’acouphènes, pour lesquels un lien avec la vaccination ne peut être exclu mais qui exigent des analyses plus poussées pour le déterminer.

L’entreprise pharmaceutique a par ailleurs dit étudier l’effet de deux doses – au lieu d’une – sur la protection immunitaire, ce qui a soulevé des inquiétudes chez les experts, qui craignent que cela n’induise le public en erreur ou qu’il se sente floué si cette option se révélait plus efficace.

100 millions de doses

Au moins trois millions de doses du produit de « J & J » sont prêtes à être distribuées dès « la semaine prochaine » selon le gouvernement américain.

L’entreprise américaine s’est engagée à acheminer 100 millions de doses aux États-Unis avant la fin du mois de juin.

Avec 600 millions de doses commandées au total à Pfizer et Moderna, les États-Unis disposeront déjà, d’ici la fin juillet, d’assez de vaccins pour immuniser la quasi-totalité de la population.

Mais l’ajout de celles de Johnson & Johnson pourrait encore accélérer la campagne de vaccination.

Au total, plus de 70 millions de piqûres ont déjà été réalisées dans le pays, le pays le plus endeuillé par la pandémie. Pour le moment, toutefois, seuls 6,8 % des Américains ont reçu les deux doses nécessaires à l’immunité maximale conférée par les deux vaccins déjà autorisés, qui utilisent la technique innovante de l’ARN messager.

Le vaccin de « J & J » est lui un vaccin à « vecteur viral ».

Il utilise comme support un autre virus peu virulent, transformé pour y ajouter des instructions génétiques d’une partie du virus responsable de la COVID-19. Une fois dans les cellules, une protéine typique du SARS-CoV-2 est produite, éduquant le système immunitaire à le reconnaître.