(Washington) Le président Joe Biden a dressé vendredi un sombre tableau de la crise économique et sanitaire « qui empire » aux États-Unis, tandis qu’il a signé de premiers décrets promettant une aide immédiate aux millions d’Américains sans emploi qui ont faim.

Delphine TOUITOU
Agence France-Presse

Décrivant une Amérique « qui souffre » et pressant démocrates comme républicains d’« agir vite », le président a estimé que le bilan de l’épidémie de COVID-19 aux États-Unis, de plus de 400 000 morts actuellement, « pourrait atteindre bien plus de 600 000 » décès.

« Des familles ont faim. Des gens sont expulsés. Les pertes d’emplois grimpent à nouveau. Il faut agir maintenant », a martelé le président avant de signer deux décrets visant une hausse de l’aide alimentaire dans le pays et un renforcement des droits sociaux.

Au surlendemain de son investiture, le nouveau président américain continue ainsi à égrener ses priorités à coup de décisions présidentielles.

En trois jours, il en aura pris près d’une trentaine. M. Biden, qui veut aller vite, a vu aussi un membre clé de son gouvernement confirmé vendredi par le Sénat : le secrétaire à la Défense Lloyd Austin. Les votes sur les nominations du secrétaire d’État Antony Blinken et de la secrétaire du Trésor Janet Yellen devraient suivre.

« Un foyer sur sept en Amérique, un sur sept, et plus d’un sur cinq dans les foyers noirs et latinos, rapportent qu’ils n’ont pas assez à manger », s’est exclamé Joe Biden. « Cela inclut presque 30 millions d’adultes et 12 millions d’enfants, et ils n’y sont pour rien. C’est scandaleux », a-t-il ajouté.

Aux États-Unis, où les écoles fournissaient quotidiennement des repas aux élèves de familles pauvres, 12 millions d’enfants ne sont plus nourris dans les établissements. Quelque 600 000 personnes ont perdu leur emploi dans l’enseignement, a aussi souligné M. Biden.

Dans les villes, les files d’attente aux soupes populaires se sont allongées et les banques alimentaires sont débordées, y compris dans les banlieues aisées de la capitale fédérale, Washington.

PHOTO BING GUAN, ARCHIVES REUTERS

Une file de voitures devant une banque alimentaire de Los Angeles, le 29 décembre

M. Biden va demander au département de l’Agriculture d’étendre et d’assouplir son programme d’assistance aux personnes et aux familles à faibles revenus (SNAP), qui a remplacé le programme des tickets alimentaires (Food Stamps), lequel permettait aux familles à bas revenus de se procurer des produits alimentaires de base dans des magasins agréés.

La carte électronique EBT (Electronic Benefit Transfer), ayant succédé aux tickets de 1,50 $ et 10 $, devrait être augmentée de 15 %. Actuellement, elle offre jusqu’à 5,70 $ par jour pour chaque enfant scolarisé.

« Plan de sauvetage »

Ces initiatives d’urgence précèdent « un plan de sauvetage » de l’économie qui va « s’attaquer à la pandémie et apporter une aide financière directe aux Américains qui en ont le plus besoin », a poursuivi le président, faisant référence au plan d’aide de 1900 milliards de dollars.

Il apporterait notamment, a ajouté le président, un versement direct de 2000 $ au total – dont les 600 $ déjà fournis récemment sous l’administration Trump – aux ménages qui en ont le plus besoin.

Joe Biden, qui dispose d’une majorité très mince au Congrès, a insisté sur le fait que ce plan « recevait l’appui bipartite d’une majorité de maires et de gouverneurs ».

« Même les firmes de Wall Street ont souligné son importance », a-t-il dit, citant une étude économique de Moody’s qui affirme que le plan de sauvetage créerait 7,5 millions d’emplois cette année.

Je ne crois pas que ce sont des démocrates ou des républicains qui ont faim et perdent leur emploi. Je crois que ce sont des Américains […] et on a les outils pour arrêter cela.

Joe Biden, président des États-Unis

Le nouvel hôte de la Maison-Blanche a rappelé que 16 millions d’Américains vivaient d’allocations de chômage et que 14 millions d’entre eux étaient déjà en retard sur leurs loyers, risquant l’expulsion.

PHOTO MANDEL NGAN, AGENCE FRANCE-PRESSE

Le nouveau président des États-Unis, Joe Biden

Le second décret signé par le président doit quant à lui améliorer les droits sociaux afin qu’il soit permis de refuser un poste, si celui-ci risque de mettre en péril la santé de l’employé, sans pour autant perdre ses droits au chômage.

Parmi les mesures économiques immédiates, Joe Biden avait déjà pris un décret pour étendre le moratoire sur les expulsions de logements pour loyers impayés.

En décembre, le chômage s’élevait à 6,7 %, bien au-delà des 3,5 % d’il y a un an, avant l’apparition de la pandémie.

Le président a réitéré son appel à une augmentation du salaire horaire minimum fédéral à 15 $, contre 7,25 $ actuellement, même si dans les faits, il est déjà supérieur dans la moitié des États.

« Personne en Amérique ne devrait travailler 40 heures par semaine pour rester en dessous du seuil de pauvreté. [Un salaire de] 15 $ l’heure ferait passer ces gens au-dessus du seuil de pauvreté », a-t-il affirmé.