(Wilmington) Optant pour un ton rassembleur et sans mentionner l’impeachment de Donald Trump, Joe Biden a tenté jeudi de ramener l’attention sur ses plans pour combattre les crises économique et sanitaire dès son arrivée à la Maison-Blanche, le 20 janvier.

Jim WATSON avec Francesco FONTEMAGGI et Elodie CUZIN à Washington
Agence France-Presse

S’exprimant devant quelques journalistes dans son fief de Wilmington, sans accepter de questions, le président désigné des États-Unis a promis un « nouveau chapitre » et s’est dit « optimiste » en dévoilant un plan de relance titanesque de 1900 milliards de dollars pour venir en aide aux ménages et aux entreprises frappés par la pandémie.

« Nous nous en sortirons ensemble », a promis le démocrate. « Mais nous ne pouvons pas le faire dans un pays séparé, divisé », a-t-il ajouté, une semaine après l’assaut meurtrier du Capitole par des manifestants pro-Trump.

« La seule façon de le faire, c’est de nous rassembler en tant qu’Américains », a plaidé l’ancien vice-président de Barack Obama.

Signalant qu’il ne voulait pas ignorer le malaise des bassins ouvriers, où Donald Trump reste très populaire, Joe Biden, 78 ans, a promis des « millions d’emplois » pour l’industrie manufacturière, en plus de ses plans pour une économie innovante et de lutte contre le changement climatique.

Face à l’ampleur de la crise économique, « on ne peut pas se permettre de rester les bras croisés », a-t-il lancé.

Procès de Trump

Le démocrate sera investi le 20 janvier, dans une ville de Washington transformée en camp retranché après les violences du Capitole qui ont fait cinq morts, et ébranlé la première puissance mondiale.

Et il est désormais urgent pour Joe Biden de renouer avec le programme des 100 premiers jours de son mandat.

En appelant le Congrès à l’adopter rapidement, il a détaillé son vaste plan de relance. Au menu : de nouveaux chèques directs de 1400 $ par personne aux familles, un salaire minimum doublé à 15 $ l’heure, la prolongation des aides au chômage ou encore des aides pour les États et collectivités locales.

Ce vendredi, il détaillera le volet pour accélérer la vaccination massive des Américains contre la COVID-19, dans un pays qui continue de battre des records de décès quotidiens de la pandémie et pourrait franchir d’ici son entrée en fonctions la barre des 400 000 morts.

Mercredi soir, au terme du vote au Congrès qui a valu à Donald Trump le titre peu glorieux de premier président américain visé par un deuxième impeachment, Joe Biden avait demandé au Sénat de concilier « le procès en destitution » et l’avancement des « affaires urgentes de la nation ».

Les chefs des démocrates au Congrès, Nancy Pelosi et Chuck Schumer, ont salué son plan de relance, promettant de se « mettre immédiatement au travail » pour le faire adopter aux parlementaires.

Mais cet effort pourrait se télescoper avec le procès en destitution contre Donald Trump, pour « incitation à l’insurrection », dont et le calendrier et l’issue restent très incertains.

Le Sénat, qui passera le 20 janvier sous contrôle démocrate, ne va pas se réunir avant le jour précédent. La date du procès, dont il est chargé, n’est pas fixée.

Et le climat d’affrontement partisan qui pourrait accompagner les débats menace aussi la promesse de « réconciliation » du candidat Biden.

Camp républicain fissuré

Même si l’accusé sera désormais un ex-président, et que l’enjeu de le chasser du pouvoir aura donc disparu, un tel procès risque de capter toute la lumière médiatique.

D’une part parce que si le président est reconnu coupable, un deuxième vote pourrait viser à lui interdire d’être à nouveau candidat.

D’autre part parce que contrairement au procès en destitution d’il y a un an dans l’affaire ukrainienne, quand les républicains avaient fait bloc derrière leur président, cette fois, l’unité de la droite est déjà fissurée.

À tel point qu’une condamnation de Donald Trump, bien que loin d’être assurée, n’apparaît plus impossible.

Le président sortant, qui a refusé obstinément jusqu’au chaos de la semaine dernière de reconnaître que Joe Biden entrerait à la Maison-Blanche le 20 janvier, rêvait de continuer à peser sur Grand Old Party, voire de se représenter en 2024.

De plus en plus isolé, il tente ces derniers jours de rassurer en lançant des appels au calme et en se démarquant de ses partisans à l’origine des violences du 6 janvier.

D’autant que les services de sécurité sont sur les dents face à la menace de nouvelles manifestations à Washington et dans d’autres villes du pays d’ici la prestation de serment du démocrate, sur les marches d’un Capitole barricadé.