(Washington) Evan Liberty lisait dans sa cellule lorsqu’un superviseur de la prison est venu lui apprendre la nouvelle qu’il désirait entendre.

Eric Tucker
Associated Press

« Il m’a demandé si j’étais prêt, se souvient-il. J’ai demandé à mon tour de quoi il s’agissait. Il m’a alors dit que j’avais obtenu un pardon présidentiel et que je pouvais préparer mes affaires. »

M. Liberty est l’un des quatre anciens contractuels de Blackwater qui ont obtenu un pardon de Donald Trump. Ils avaient été condamnés à la suite d’une fusillade au cours de laquelle plus d’une dizaine de civils irakiens avaient été tués en 2007. Cette décision a soulevé une tempête d’indignation aux États-Unis et au Moyen-Orient.

Traditionnellement, les pardons présidentiels sont réservés pour des crimes non violents. Le processus dirigé par le ministère de la Justice valorise la reconnaissance des responsabilités et l’expression de remords par ceux qui ont été condamnés pour des crimes.

Aucun des quatre hommes de Blackwater ne correspondait à ces critères. Ils ont été condamnés pour le meurtre de femmes et d’enfants irakiens non armés et ont longtemps proclamé leur innocence. Evan Liberty, Paul Slough et Dustin Heard, ont été reconnus coupables d’homicide involontaire. Le quatrième, Nicholas Slatten, a été reconnu coupable de meurtre au premier degré.

Dans une entrevue accordée à l’Associated Press, sa première depuis sa sortie de prison, Evan Liberty exprime peu de remords. Il juge que les actes qu’il a commis sont défendables étant donné le contexte.

J’ai l’impression d’avoir agi correctement. Je regrette toute perte innocente de la vie, mais je suis juste persuadé d’avoir bien agi. Je suis en paix avec moi-même.

Evan Liberty

Les quatre hommes ont longtemps maintenu qu’ils avaient été la cible d’insurgés au moment de la fusillade. Les procureurs ont fait valoir qu’il n’y avait aucune preuve venant appuyer ces dires. Ils ont noté que plusieurs victimes avaient été abattues lorsqu’elles étaient dans leur voiture ou tentaient d’échapper du carnage.

Après un long procès qui s’est prolongé pendant plusieurs mois en 2014, les quatre hommes ont été reconnus coupables par un jury.

Evan Liberty dit comprendre ceux qui affirment qu’il ne méritait pas de recevoir un pardon. Il estime toutefois que ceux qui le condamnent encore aujourd’hui ont entendu qu’un récit erroné des évènements. Il continue d’affirmer n’avoir tiré que sur des agresseurs.

Il insiste pour dire que lui et ses collègues n’ont jamais pris une vie innocente. « Nous avons répondu à une menace en conséquence. »

M. Liberty, dont la peine de 30 ans avait été réduite d’environ la moitié, l’an dernier, dit ignorer comment son dossier a atterri sur le bureau de Donald Trump. Il assure ne s’être jamais entretenu avec le président défait. Mais parmi ses sympathisants, certains ont des liens avec la Maison-Blanche. La société Blackwater, dont le nom a été changé, a été fondée par Erik Prince, un allié de M. Trump, dont la sœur, Betsy DeVos, est ministre de l’Éducation.

Leur cause a également été défendue par la personnalité de la chaîne Fox News Pete Hegseth.

Ces pardons ont fait l’objet de maintes critiques. Un éditorial du Washington Post a laissé entendre que les gardes avaient commis « d’étonnants actes d’inhumanité ». En Irak, des citoyens irakiens ont dit que Donald Trump avait rouvert des blessures.

« Ils n’ont pas nié avoir fait ce qu’ils ont fait, rappelle Paul Dickinson, qui a représenté les victimes au cours d’un procès. Ils ne se sont pas excusés pour ce qu’ils ont fait. Ils n’ont jamais admis avoir commis un acte répréhensible. »

Après six ans derrière les barreaux, Evan Liberty dit avoir été « abasourdi » par l’annonce de son pardon. Il a pris une photo de son grand-père, un lexique espagnol qu’il étudiait et un livre de motivation sur la discipline, laissant tout le reste derrière lui.

Cet ancien membre du corps des Marines ignore ce qu’il va faire, même s’il dit souhaiter aider des organisations d’anciens combattants. Il est reconnaissant envers ses sympathisants et Donald Trump pour lui avoir donné « une seconde chance dans la vie ».

« Mon devoir est de faire quelque chose de positif et de vivre une bonne vie parce qu’on m’a donné une seconde chance. »