(Washington) Le budget de l’administration Trump, à neuf mois de l’élection présidentielle, a tout du programme de campagne, fondé sur des prévisions de recettes exagérément optimistes et faisant la part belle aux militaires, quand les plus pauvres verront les programmes d’aide se réduire comme peau de chagrin.

Julie CHABANAS
Agence France-Presse

En pleine campagne pour sa réélection en novembre, Donald Trump ne s’est pas embarrassé de prévisions réalistes pour construire son projet de budget fédéral 2021.

Il mise sur une croissance de 3 % par an pendant 15 ans

La croissance attendue des États-Unis devrait être inférieure à 2 % dans les prochaines années ? Le budget se fonde, lui, sur une croissance de 3 % par an pendant 15 ans.

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Le directeur du budget à la Maison-Blanche, Russell Vought, durant une entrevue à la Maison-Blanche lundi.

Ce qui n’a jamais été le cas dans l’histoire récente des États-Unis. Même les fastueuses années 1960 n’ont pas connu une si longue période de croissance supérieure à 3 %.

« Des hypothèses sont formulées dans ce budget […] mais nous pensons que 3 % (de croissance) est tout à fait réalisable dans les dix prochaines années », a défendu le directeur du budget à la Maison-Blanche, Russell Vought, interrogé lundi sur la chaîne CNBC.

Fini la rigueur budgétaire

Quant à la rigueur budgétaire qui a été le mantra du parti républicain depuis des décennies, le président républicain ne s’en embarrasse plus, et repousse l’équilibre à 2035, au lieu de 2030.

Russell Vought a salué un budget « équilibré sur 15 ans ».

« Le budget du président Trump propose plus de diminution des dépenses qu’aucune autre administration dans l’Histoire », a-t-il assuré dans un communiqué de presse.

Objectif Lune 2024

Le budget de la NASA bondit de 12 %, afin qu’elle puisse envoyer de nouveau des astronautes sur la Lune en 2024, comme le veut le président.

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L'astronaute de la NASA Christina Koch durant sa sortie spatiale du 15 janvier 2020.

Se taillant la part du lion, les dépenses militaires, qui ne cessent de grimper depuis le début du mandat de Donald Trump, accusent une augmentation moins importante cette année. Le projet de budget prévoit une hausse de 0,3 %, pour atteindre 740,5 milliards de dollars.

La hausse sera de 20 % pour la seule « modernisation de notre arsenal nucléaire », a détaillé Russell Vought lors d’un point presse.

Deux milliards de dollars doivent également être alloués à la poursuite de la construction d’un mur anti-immigration à la frontière avec le Mexique.

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Un segment du mur en construction, le long de la rivière Colorado, près de Yuma, en Arizona.

Ce budget a toutefois très peu de chances d’être adopté par la Chambre des représentants, contrôlée par les démocrates.

Coupes en environnement, en éducation et dans l'aide aux démunis

Ce budget est « destructeur et irrationnel », a fustigé le démocrate John Yarmuth, président de la commission du budget de la Chambre des représentants, dans un communiqué de presse.

Dénonçant des coupes dans les budgets des systèmes de santé, de l’assistance médicale pour les plus démunis, de l’agence de protection de l’environnement, de l’éducation, il évoque « un abandon par le gouvernement fédéral de toute responsabilité pour le bien-être du peuple américain et de notre nation ».

Pour réduire les dépenses à hauteur de 4600 milliards de dollars dans les dix prochaines années, la Maison-Blanche prévoit de réduire les remboursements de médicaments, les aides aux personnes handicapées, ou encore de tailler dans des programmes d’aide alimentaire.

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Trois femmes posent devant un sans abri après un défilé de mode à la New York.

Les aides internationales seront réduites de 21 %.

Donald Trump « a été très clair et son budget protège totalement la sécurité sociale (qui gère les retraites aux États-Unis) et les bénéficiaires de Medicare », la couverture santé pour les plus âgés, a encore commenté Russell Vought.

« Priorité à la défense »

« Nous avons donné la priorité à la Défense de ce pays que le président, le commandant en chef, estime absolument vitale », a-t-il continué. En revanche, « nous pensons que l’époque est révolue pour dépenser de l’argent pour une statue de Bob Dylan au Mozambique ou pour une ligue professionnelle de cricket en Afghanistan ».

La première économie du monde est entrée dans sa onzième année d’expansion d’affilée, un record. De 1,5 % en 2016, dernière année de l’ère Obama, elle a atteint 2,3 % en 2017, avant de se hisser à 2,9 % en 2018.

Mais elle a ralenti à 2,3 % l’an passé en raison notamment de la guerre commerciale avec la Chine, qui a découragé les investissements des entreprises.

Le déficit, creusé par des mesures de stimulation de la croissance comme des baisses de l’impôt sur les sociétés et un allègement de la pression fiscale pour les classes les plus aisées, devrait atteindre 1015 milliards de dollars fin septembre 2020. L’année fiscale américaine démarre le 1er octobre.