(New York) Pas le moindre propos négatif sur Joe Biden, ni sur son fils Hunter, ni sur la société d’énergie ukrainienne Burisma qui a versé à ce dernier jusqu’à 50 000 $ par mois pendant que son père était vice-président des États-Unis.

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

Pendant deux heures samedi, les avocats de Donald Trump ont entamé sa défense en évitant d’aborder l’un des éléments les plus explosifs de son procès en destitution : les pressions qu’il a exercées afin que le président ukrainien annonce une enquête sur les Biden.

Ils ont plutôt choisi d’attaquer d’autres aspects de l’accusation, affirmant que celle-ci avait « caché des faits » et échoué à démontrer que leur client méritait d’être condamné et destitué par le Sénat.

« Ils vous demandent de faire quelque chose qu’aucun Sénat n’a jamais fait, et ils vous demandent de le faire sans la moindre preuve », a dénoncé Pat Cipollone, conseiller juridique de la Maison-Blanche, en s’adressant aux 100 élus de la chambre haute. « Ils sont ici pour perpétrer l’interférence la plus massive dans une élection de l’histoire américaine. »

Dans un sens, les avocats de Donald Trump ont défendu une thèse inédite : un président qui sollicite un second mandat ne devrait pas faire l’objet d’une procédure en destitution.

« Ils vous demandent de déchirer les bulletins de vote de ce pays », a déclaré Pat Cipollone. « Nous croyons que lorsque vous aurez entendu les faits […], vous conclurez que le président n’a absolument rien fait de mal. »

La conversation du 25 juillet

La décision des avocats de Donald Trump de faire l’impasse sur Joe et Hunter Biden n’est probablement pas étrangère à l’affinité du président avec l’univers de la télévision. Vendredi matin, le président a rappelé que la journée de samedi était la « vallée de la Mort » en matière d’audience.

Le sujet des Biden devrait donc être exploré lundi. Les avocats de Donald Trump voudront alors non seulement justifier les pressions de leur client auprès du président ukrainien, mais également attaquer l’ancien vice-président et son fils sur la question de la corruption, réelle ou imaginée.

Les démocrates accusent le président Trump d’avoir sollicité l’interférence de l’Ukraine dans l’élection présidentielle de 2020 en échange d’une aide militaire de 391 millions de dollars et d’une invitation à la Maison-Blanche.

Lors de leur plaidoirie, les avocats de Donald Trump ont attiré l’attention des sénateurs sur le résumé fourni par la Maison-Blanche de l’appel téléphonique du 25 juillet dernier entre le président américain et son homologue ukrainien, Volodymyr Zelensky. Ils ont notamment soutenu que la question d’une contrepartie n’avait pas été soulevée lors de cette conversation. D’autant que l’Ukraine n’était pas encore au courant du gel de l’aide militaire, ont-ils fait valoir.

« Il ne peut y avoir une menace sans que l’autre personne sache qu’elle est menacée », a déclaré Michael Purpura, conseiller juridique adjoint de la Maison-Blanche, faisant fi des témoignages contredisant son propos. 

La vérité est simple et elle est devant nos yeux : le président a en tout temps agi dans notre intérêt national.

Michael Purpura, conseiller juridique adjoint de la Maison-Blanche

Des raisons de se méfier

L’un des avocats personnels de Donald Trump, Jay Sekulow, a tenté de son côté de justifier l’une des enquêtes réclamées par son client à Volodymyr Zelensky. Lors de l’appel du 25 juillet, le président des États-Unis a prié son interlocuteur d’enquêter sur un mystérieux serveur devant prouver que le Parti démocrate avait comploté avec l’Ukraine pour mettre le piratage de ses courriels sur le dos de la Russie.

Des membres de l’administration Trump ont discrédité cette théorie, l’attribuant à la propagande russe.

« Le président avait raison d’être préoccupé par l’information qui lui était fournie », a déclaré Jay Sekulow après avoir énuméré les enquêtes dont son client a fait l’objet et qui ont toutes fait chou blanc, selon lui. « On peut ignorer cela. On peut croire que cela n’est pas arrivé. Mais c’est un fait. »

Patrick Philbin, un autre avocat de la Maison-Blanche, a complété l’argumentaire de l’équipe juridique du président. Il a dénoncé un manque d’équité dans l’enquête en destitution de la Chambre des représentants et attaqué la crédibilité du procureur en chef des démocrates, Adam Schiff.

Des sénateurs républicains se sont dits impressionnés par la présentation des avocats de Donald Trump.

Le conseiller juridique de la Maison-Blanche et son équipe ont complètement démoli la cause présentée par les procureurs de la Chambre.

— Joni Ernst, sénatrice républicaine de l’Iowa lors d’un point de presse

Le chef de la minorité démocrate, Chuck Schumer, a donné un tout autre son de cloche. Il a affirmé que les avocats de Donald Trump avaient surtout prouvé la nécessité de citer des témoins à comparaître.

« Ils nous disent que les motifs du président étaient purs lorsqu’il a gelé l’aide militaire à l’Ukraine, malgré les indications contraires. Mais il y a des gens qui connaissent la vérité. Mick Mulvaney la connaît. John Bolton la connaît », a-t-il dit en mentionnant les noms du directeur de cabinet de la Maison-Blanche par intérim et de l’ancien conseiller de la Maison-Blanche à la sécurité nationale.

Un vote sera tenu à la fin de la semaine prochaine sur la présentation de nouveaux documents et la citation de témoins.