(New York) L’expression a franchi les lèvres de Joe Biden et d’au moins une des membres de l’équipe de sécurité nationale qu’il a présentée au public mardi : « L’Amérique est de retour. »

Richard Hétu Richard Hétu
Collaboration spéciale

« C’est une équipe qui reflète le fait que l’Amérique est de retour, prête à diriger le monde, et non à s’en retirer », a déclaré le président désigné lors d’une intervention dans un théâtre de Wilmington, au Delaware.

Un peu plus tard, au même micro, Linda Thomas-Greenfield, nommée au poste d’ambassadrice des États-Unis à l’ONU, a renchéri : « L’Amérique est de retour. La diplomatie est de retour. »

Les deux voulaient ainsi tirer un trait sur l’isolationnisme et le désengagement international de Donald Trump, résumés par un des slogans préférés du 45e président : « L’Amérique d’abord ».

Le « retour » des États-Unis sur la scène internationale devrait se traduire de façon concrète dans les premiers jours d’une administration Biden par la réintégration de ce pays dans l’accord de Paris sur le climat et l’Organisation mondiale de la santé, entre autres.

Mais ce « retour » ne concerne pas seulement la place des États-Unis sur l’échiquier mondial. Il touche aussi à la façon de concevoir la gouvernance. Au cours des quatre dernières années, Donald Trump n’a pas toujours semblé guidé par les critères habituels de l’expérience et de la compétence pour pourvoir les postes de son administration. En fait, ses choix ont souvent reflété son hostilité pour ce que ses partisans et lui allaient plus tard appeler « l’État profond ».

Les choix de Joe Biden marquent une rupture avec l’approche de Donald Trump. Ils reflètent non seulement un respect pour l’expérience, mais également une aspiration vers la « vérité » et une appréciation de la « science », des mots qu’ont répétés mardi certaines des personnes nommées au sein de l’équipe de sécurité nationale du président désigné.

Rien de cela ne garantit le succès. Mais c’est souvent un préalable.

De la Pennsylvanie à Wall Street

Pendant que Joe Biden annonçait le retour des États-Unis sur la scène internationale, Donald Trump semblait rapetisser sur la scène nationale. Il a commencé la journée en retweetant les allégations disjonctées et infondées de l’acteur Randy Quaid sur l’élection présidentielle. Il a vu par la suite la Pennsylvanie certifier à son tour la victoire de Joe Biden.

Les résultats officiels donnent le démocrate gagnant par 81 000 voix. En 2016, Donald Trump avait battu Hillary Clinton par 44 000 voix dans le Keystone State. La Pennsylvanie était le troisième État-clé, après le Michigan et la Géorgie, à assurer à Joe Biden la totalité de ses grands électeurs.

Wall Street a réagi avec enthousiasme à cette annonce, catapultant l’indice Dow Jones au-delà de la barre symbolique des 30 000 points pour la première fois. Il n’en fallait pas plus pour pousser Donald Trump à annoncer de façon impromptue un point de presse. L’affaire n’a duré que 64 secondes. Le temps pour le président d’attribuer le record du Dow Jones aux annonces concernant les vaccins de Pfizer, Moderna et compagnie.

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Le président Donald Trump a livré mardi une courte conférence de presse à la Maison-Blanche. À l’arrière-plan, le vice-président, Mike Pence.

Il s’est défilé sans répondre aux questions des journalistes, qui auraient aimé l’interroger sur les combats juridiques de moins en moins crédibles qu’il entend continuer à livrer pour renverser les résultats de l’élection présidentielle.

Et il n’a surtout pas mentionné que la performance des marchés boursiers tenait également à la réaction favorable des investisseurs au lancement du processus de transition vers une administration Biden et à la nomination par le président désigné de Janet Yellen au poste de secrétaire au Trésor.

Cette nomination marque une rupture de plus et un retour de plus. Le retour d’une Amérique qui chérit sa diversité. Si le Sénat la confirme dans ses fonctions, l’économiste new-yorkaise de 74 ans sera la première femme à diriger ce département fondé il y a 231 ans par Alexander Hamilton.

D’autres premières

Alejandro Mayorkas incarne une autre première qui aurait été impensable il y a quatre ans. Appelé à devenir le premier Hispanique à diriger le ministère de la Sécurité intérieure, cet immigré cubain promet de renverser les politiques anti-immigrants du président républicain, notamment en matière de réfugiés.

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Alejandro Mayorkas est appelé à devenir le premier Hispanique à diriger le ministère de la Sécurité intérieure.

« Quand j’étais très jeune, les États-Unis ont servi de refuge à ma famille et moi-même », a tweeté lundi l’ancien procureur fédéral, fils d’une mère juive roumaine réfugiée à Cuba et d’un père juif cubain. « Aujourd’hui, j’ai été nommé ministre de la Sécurité intérieure pour superviser la protection de tous les Américains et de ceux qui fuient la persécution à la recherche d’une vie meilleure pour eux-mêmes et pour leurs proches. »

Sous Barack Obama, Alejandro Mayorkas a mis sur pied en 2012 le programme DACA pour les jeunes immigrés arrivés aux États-Unis sans papiers, programme que Donald Trump a tenté en vain d’éliminer en 2017. De 2013 à 2016, il a servi comme ministre adjoint de la Sécurité intérieure.

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Il est possible que le président désigné Joe Biden nomme une première femme à la tête du Pentagone, en l’occurrence Michèle Flournoy.

D’autres premières sont à prévoir dans la composition d’une administration Biden. Il est possible que le président désigné nomme une première femme à la tête du Pentagone, en l’occurrence Michèle Flournoy. Il pourrait en outre choisir une première personne issue d’une nation amérindienne pour occuper le poste de secrétaire à l’Intérieur.

Le titulaire de cette fonction supervise l’exploitation des ressources naturelles et la gestion des terres publiques. Le Bureau des affaires indiennes fait par ailleurs partie des agences qui tombent sous son contrôle.

La diversité, pas plus que le respect pour l’expérience, la vérité et la science, ne garantit le succès. Mais elle confirmerait le retour d’une autre Amérique. Une Amérique bien différente de celle que les États-Unis et le reste du monde ont connue au cours des quatre dernières années.