(Washington) Donald Trump distribue ses coups sans retenue. Limogeage d’un haut responsable chargé de la sécurité des élections, pressions sur des élus locaux qui supervisent le dépouillement… le président et ses alliés n’épargnent rien ni personne dans leur guérilla contre le verdict des urnes.

Charlotte PLANTIVE
Agence France-Presse

Plus de dix jours après l’annonce de la victoire du démocrate Joe Biden, le président républicain n’en démord pas : « c’était une élection truquée », « j’ai gagné », a-t-il encore écrit mercredi dans une série de tweets matinaux.

Sur son réseau social préféré, il reprend une nouvelle fois des griefs non étayés. « Les observateurs républicains n’ont pas été autorisés », se plaint-il. La veille, la Cour suprême de la Pennsylvanie a pourtant rejeté une plainte déposée sur ce fondement.

Les machines qui enregistrent les votes « ont triché », ajoute-t-il, malgré le démenti apporté par plusieurs autorités électorales, dont une ayant qualifié l’élection du 3 novembre de « plus sûre de l’histoire des États-Unis ».

Pas question pour Donald Trump de laisser passer l’affront. Mardi soir, il a limogé Chris Krebs, le directeur de l’agence de cybersécurité et de sécurité des infrastructures (CISA) signataire de ce communiqué.

Son évaluation n’était « pas exacte et ressemblait à une attaque partisane destinée à frapper le président », a justifié la porte-parole de la Maison-Blanche, Kayleigh McEnany, sur la chaîne Fox.

« Senti menacé »

Comme elle, plusieurs proches du président le soutiennent dans sa croisade, quitte à prendre pour bouc émissaire des élus de leur propre camp.

Brad Raffensperger, le secrétaire d’État républicain de l’État de Géorgie, chargé de superviser le processus électoral, en a fait les frais.

Après des appels à sa démission par des élus du Congrès, il assure avoir subi des pressions de la part de l’influent sénateur Lindsey Graham, qui lui aurait suggéré d’invalider une partie des suffrages exprimés par courrier.

L’intéressé a fermement démenti. « Il s’est senti menacé par notre conversation, il a un problème », a juré Lindsey Graham.

La Géorgie est au centre de toutes les attentions car elle procède actuellement à un recomptage manuel des cinq millions de votes exprimés, dont le résultat est extrêmement serré.

À la faveur de ce recomptage, les autorités ont découvert plus de 5200 bulletins non comptabilisés dans deux comtés où les républicains font de bons scores.  

Donald Trump devrait regagner quelques centaines de voix, mais cela ne suffira pas à rattraper Joe Biden, qui dispose pour le moment d’une avance de près de 14 000 suffrages dans cet État.

Même si les autorités locales invoquent un défaut de téléchargement, Donald Trump s’est emparé de cet incident pour répéter ses accusations de « fraudes » massives et a appelé le gouverneur républicain Brian Kemp à refuser de valider les résultats du scrutin.

Bras de fer

Ce scénario a failli se concrétiser au Michigan, où des agents électoraux républicains ont refusé mardi pendant plusieurs heures de valider les suffrages enregistrés dans le comté incluant la ville de Detroit, où la population noire est majoritaire et vote largement démocrate.

S’ils ont finalement cédé face à une vaste fronde, ce bras de fer a été perçu comme une attaque inédite sur les opérations de dépouillement.

Par ailleurs, l’avocat personnel de Donald Trump, Rudy Giuliani poursuit sa campagne devant les tribunaux du pays, sans succès jusqu’ici.  

Pour ralentir ce qui semble inévitable, les alliés de Donald Trump ont également demandé un recomptage dans deux comtés du Michigan.

Malgré leurs efforts, le temps joue contre eux : les États ont commencé à certifier leurs résultats en vue de la date limite du 14 décembre, quand les grands électeurs se réuniront pour voter formellement pour l’un ou l’autre des candidats à la présidentielle.