À pareille date il y a quatre ans, le président sortant Barack Obama rencontrait le président désigné Donald Trump. La tradition veut que l’équipe du nouveau leader commence rapidement les échanges avec l’équipe en place, pour assurer un gouvernement efficace au 20 janvier. Or, Trump rechigne toujours à concéder la victoire. Et ça ne pourrait être que le premier obstacle en vue pour Joe Biden.

Janie Gosselin Janie Gosselin
La Presse

Coronavirus

Sans surprise, Joe Biden a annoncé sa priorité : la lutte contre la COVID-19, qui a fait près de 240 000 morts aux États-Unis en moins d’un an.

Le président désigné s’est mis au travail, annonçant lundi matin la mise sur pied d’une équipe composée de 13 experts. On compte parmi eux Rick Bright, expert en vaccins qui aurait été victime de pressions politiques sous l’administration Trump.

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Joe Biden discute avec Rick Bright, expert en vaccins.

« À propos de la COVID, il y a l’aspect de maîtriser la contamination — que ce soit par une stratégie globale ou une stratégie de vaccin, note Capri Cafaro, ancienne parlementaire démocrate et experte de l’American University. Mais il y a plein d’autres enjeux qui découlent de la crise de la COVID, comme un soutien économique, un soutien aux États. »

La relance de l’économie et le soutien aux Américains laissés sans emploi devraient donc faire partie des priorités, avec le volet de la santé.

Joe Biden a tenté une nouvelle fois lundi de convaincre les Américains de porter un masque. « Le masque n’est pas une position politique », a-t-il affirmé. Le président désigné et sa future vice-présidente Kamala Harris ont assisté à une rencontre virtuelle avec les experts.

Transition

« D’habitude, la transition commence rapidement, pour identifier le personnel-clé à nommer, pour commencer les rencontres avec les homologues, commencer les grandes orientations », note Lara Brown, du département de sciences politiques de l’Université George Washington.

Lundi, la direction de l’Administration des services généraux n’avait toujours pas reconnu officiellement Joe Biden comme le vainqueur de l’élection. Or, c’est cette agence qui lance le processus de transition avec cette reconnaissance, qui permet de débloquer des fonds et de donner accès aux documents pour les successeurs dans la nouvelle administration.

Le personnel politique n’est toutefois qu’une mince fraction du gouvernement. « Les fonctionnaires, qui ne sont pas politiques, resteront en place, précise Mme Brown. C’est les gens au haut niveau qui changent. »

Le manque de coopération pourrait cependant ralentir la nouvelle administration dans son travail à son arrivée.

Sénat

Joe Biden a lancé des appels à l’unité, un message s’adressant autant aux citoyens divisés qu’aux politiciens. Sans cette unité, Joe Biden risque d’avoir les poings liés au Sénat, surtout si celui-ci est majoritairement républicain. Une course en Géorgie, où deux sièges sont en jeu, se terminera le 5 janvier et permettra aux démocrates de savoir s’ils y sont majoritaires ou minoritaires.

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Joe Biden risque d’avoir les poings liés au Sénat, surtout si celui-ci est majoritairement républicain.

« Un changement législatif est improbable parce que, même avec une majorité démocrate, ça prendrait un vote unanime pour faire passer quoi que ce soit », note Daniel Schlozman, du département de sciences politiques de l’Université Johns Hopkins. Les actions de Joe Biden devraient donc passer par des ordres exécutifs qui, contrairement aux lois, ne requièrent pas le Congrès pour être adoptés. Ces décrets, couramment utilisés par les présidents, ont une durée d’application et peuvent aussi être annulés. « Mais même là, il est limité par la majorité conservatrice à la Cour suprême », ajoute-t-il.

Cabinet

Est-ce que les candidats progressistes bien connus pourraient se retrouver à la tête d’un département ? « Peu importe les résultats en Géorgie, Biden n’aura pas les coudées franches, estime Daniel Schlozman. Le Sénat devra confirmer ses choix pour son cabinet, ce qui rend la nomination d’Elizabeth Warren et de Bernie Sanders assez improbable. »

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Bernie Sanders, sénateur du Vermont

En plus des compromis avec les adversaires politiques, Joe Biden devra vraisemblablement composer avec les insatisfactions et les pressions à l’intérieur de sa propre formation. Dans plusieurs circonscriptions, les républicains l’ont emporté en martelant le virage à gauche du Parti démocrate. Le nouveau président devra donc maintenir un équilibre dans ses décisions, sans s’aliéner une part populaire de son parti.

Assurance maladie

Joe Biden a fait campagne en promettant une bonification de l’Obamacare, avec une option pour permettre aux Américains de souscrire au programme d’assurance maladie publique Medicare. La Cour suprême doit entendre dès ce mardi une cause sur l’Affordable Care Act, adoptée sous Barack Obama et portant communément son nom. La décision des magistrats, maintenant majoritairement conservateurs, est attendue vers juin prochain. L’abolition de cette loi pourrait coûter la couverture médicale à au moins 23 millions d’Américains.

« S’il y a des aspects qui sont invalidés par la Cour, il va falloir voir ce que l’administration Biden sera capable de faire, note Capri Cafaro. Est-ce qu’ils vont devoir tenter de changer la loi pour tenter de la remettre en place, est-ce qu’ils seront même en mesure de le faire ? »

— Avec l’Agence France-Presse et l’Associated Press