(New York) Le drame des 545 enfants séparés à la frontière américano-méxicaine et dont les parents restent introuvables s’est invité dans la campagne présidentielle américaine à la faveur du débat entre Donald Trump et Joe Biden jeudi.

Laura BONILLA CAL
Agence France-Presse

« Comment ces familles pourront-elles être un jour réunies ? », a interrogé la journaliste Kristen Welker en s’adressant au président des États-Unis.

Les parents de 545 enfants séparés à leur entrée sur le territoire américain depuis 2017 n’ont pas été retrouvés, selon la puissante association de défense des droits civiques ACLU.

« Nous y travaillons, nous faisons beaucoup d’efforts », a répondu Donald Trump, sans plus de précision, plus de deux ans après qu’un juge fédéral a ordonné l’arrêt des séparations et la réunification des familles.

Ce n’est pas le gouvernement, mais des associations, notamment l’ACLU, qui effectuent l’essentiel des recherches pour retrouver les parents, dont environ deux tiers, expulsés, se trouvent aujourd’hui dans leur pays d’origine, selon leur estimation.

« Les enfants ont été amenés par des coyotes et beaucoup de sales types, les cartels, pour entrer dans le pays », a dit Donald Trump, assurant que beaucoup avaient été amenés à la frontière sans leurs parents.

L’ACLU, sur la base de données communiquées par l’administration américaine, a pourtant relevé plus de 5000 cas de séparation effective. « C’est criminel », a dénoncé Joe Biden, lors du débat.

« Nous avons aujourd’hui la frontière la plus sûre que nous ayons jamais eue », a enchaîné le chef de l’État pour justifier sa politique migratoire.

« Le début d’un cauchemar »

« Ils sont très bien pris en charge », a affirmé le milliardaire républicain au sujet des mineurs isolés, qui se trouvent, selon lui, dans des locaux « très propres ».

Le département de la Sécurité intérieure a assuré au Washington Post que tous ces enfants, dont environ 60 ont moins de cinq ans, ont aujourd’hui été confiés à des proches ou un adulte référent.

Mais plusieurs observateurs ont témoigné de conditions d’hébergement préoccupantes de ces mineurs lorsqu’ils étaient encore dans des centres d’accueil fermés, notamment sur le plan de l’hygiène.

« Si le président considère que des couvertures en polyester, le sol en béton, des chambres sans fenêtre et des clôtures sont la norme pour des services de l’enfance, il est à côté de la plaque », s’est emportée Krish O’Mara Vignarajah, présidente de l’association Lutheran Immigration and Refugee Services, après le débat.

« Ces conditions n’étaient que le début d’un cauchemar de trois ans qui n’est pas terminé et pourrait les traumatiser pour le restant de leur vie », a-t-il ajouté.

Au-delà de la politique de séparation, abandonnée depuis, les difficultés pour réunir les familles encore éclatées relèvent d’une « incroyable négligence », selon George Hoffman, directeur de l’Immigration Clinic de l’université de Houston, qui soutient des migrants dans leurs démarches.

« Le gouvernement Trump a mis en place cette politique pour satisfaire sa base, sans autorité légale », ajoute-t-il, mentionnant également la fermeture des frontières aux ressortissants de pays où la religion musulmane est dominante.

Poussé à se justifier, Donald Trump a renvoyé la balle dans le camp démocrate, répétant plusieurs fois : « qui a construit les cages, Joe ? »

Il faisait là référence à des entrepôts convertis en centre d’hébergement par le gouvernement Obama, dépassé par une vague de migrants qu’il ne parvenait plus à gérer.

Ancien vice-président de Barack Obama, Joe Biden n’a pas directement contre-attaqué sur le sujet, mais précisé que le gouvernement Obama n’avait jamais ordonné la séparation des enfants à la frontière.

Contrairement à ce qu’il avait promis durant sa première campagne, Donald Trump n’a fait construire que quelques kilomètres de mur entre le Mexique et les États-Unis à des endroits où il n’en existait pas déjà.

Mais il a bien adopté une politique migratoire dure, restreignant les demandes de visas, d’asile et de nationalité, tout en renforçant les prérogatives du service de l’immigration, ICE.