(Washington) Les autorités sanitaires américaines encourageaient les personnes ne présentant pas de symptômes de la COVID-19 à se faire tester si elles avaient été en contact avec un malade. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, et aucune vraie explication n’a été fournie à ce revirement.

Agence France-Presse

Ce changement dans les directives a été discrètement fait lundi sur le site des Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), alors que des médias faisaient état d’une ingérence en ce sens de la Maison-Blanche.

Le président Donald Trump a estimé à plusieurs reprises que son pays devrait moins dépister, jugeant que les tests donnaient une mauvaise image de la gestion de la pandémie de coronavirus par les États-Unis.

Or si les États-Unis testent effectivement beaucoup, leurs chiffres sont très élevés parce que la maladie fait plus de ravages qu’ailleurs, avec plus de 5,8 millions de cas confirmés et presque 180 000 morts.

Avant, le site des CDC disait ceci : « Les tests sont recommandés en cas de proche contact avec des personnes infectées par le SARS-CoV-2 ».

« En raison de potentielles contagions par des personnes asymptomatiques ou pré-symptomatiques, il est important que les contacts d’individus avec une infection au SARS-CoV-2 soient rapidement identifiés et testés ».

Aujourd’hui, voici ce qui figure sur le site : « Si vous avez été en contact (à moins d’1,8 mètre) avec une personne infectée par la COVID-19 pendant au moins 15 minutes mais ne présentez pas de symptômes, vous n’avez pas nécessairement besoin d’un test, à moins que vous ne soyez une personne vulnérable ou que votre médecin, votre État ou vos responsables de santé publique locaux ne le recommandent ».

Dans un communiqué à CNN, un responsable du département de la Santé, Brett Giroir, a expliqué que les directives avaient été actualisées « pour refléter les données actuelles et les meilleures pratiques en matière de santé publique ».

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Brett Giroir

Il a aussi affirmé dans un appel avec des journalistes qu’elles avaient été discutées avec les spécialistes du groupe de travail de la Maison-Blanche sur la pandémie.  

Son département n’a toutefois pas expliqué comment les données avaient changé.

Les CDC avaient par le passé indiqué qu’entre 40 et 50 % des personnes atteintes de la COVID-19 étaient asymptomatiques, et que le fait qu’elles soient testées était important pour contenir le virus.

Le directeur de l’Institut américain des maladies infectieuses Anthony Fauci, le plus connu des scientifiques de la cellule de la Maison-Blanche sur le coronavirus, a dit à CNN ne pas avoir été consulté sur le dernier changement.

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Anthony Fauci

« Je m’inquiète de l’interprétation de ces recommandations et suis préoccupé par le fait qu’elles puissent donner aux gens l’impression, fausse, que la contagion asymptomatique n’est pas inquiétante. De fait, elle l’est », a-t-il dit.

D’autres experts ont réagi avec stupéfaction à la modification.

« Je ne comprends toujours pas le changement dans les directives des CDC », a tweeté la Dr Leana Wen, professeure à l’Université George Washington.

« Les personnes exposées au virus ont besoin de savoir, afin de protéger leur famille et la population. On ne peut que se demander : ce changement est-il dû au fait que nous n’ayons pas assez de tests ? ».

Le New York Times et CNN ont tous deux cité des responsables affirmant que les CDC avaient changé leurs directives après des pressions de la part du président.