(Atlanta) Vibrante de colère, la maire d’Atlanta, dans le sud des États-Unis, a annoncé lundi des réformes immédiates de la police de sa ville, où un homme noir a été abattu par un policier blanc, ravivant la douleur d’un pays à vif depuis le meurtre de George Floyd.

Wes BRUER avec Charlotte PLANTIVE à Washington
Agence France-Presse

« Je suis furieuse, je suis triste et je suis frustrée », a lancé Keisha Lance Bottoms en dénonçant lors d’une conférence de presse « le meurtre » de Rayshard Brooks.

Cet Afro-Américain de 27 ans, a été tué vendredi soir alors qu’il cherchait à éviter à une interpellation pour ébriété sur la voie publique. « Ça n’aurait pas dû finir ainsi », a estimé Mme Bottoms, très émue. « Nos agents de police doivent être des gardiens et pas des guerriers », a-t-elle poursuivi.

Les changements annoncés, qui font suite à la démission de la cheffe de la police, portent sur les techniques de désescalade, la formation des agents à l’usage de la force et leur obligation de faire un rapport s’ils assistent à des abus de la part de leurs collègues.  

C’est « un premier pas » avant d’autres mesures, mais « il n’y a pas une minute à perdre », a estimé l’édile, elle-même afro-américaine, qui est pressentie comme possible colistière du candidat démocrate à la présidentielle, Joe Biden.

La mort de Rayshard Brooks a pris une dimension particulière dans le contexte des manifestations monstres qui secouent les États-Unis depuis la mort, le 25 mai à Minneapolis, de George Floyd, un quadragénaire noir asphyxié par un policier blanc.

« Très dérangeant »

La mobilisation, inédite depuis le mouvement pour les droits civiques dans les années 1960, commençait tout juste à se tasser quand le nouveau drame est intervenu.

Selon un rapport officiel, Rayshard Brooks s’était endormi, en état d’ébriété, dans sa voiture devant un fast-food, dont des employés ont appelé la police car il bloquait l’accès aux clients.

Des images montrent d’abord un échange normal entre deux agents blancs et le jeune homme qui se soumet à un alcotest. Mais la situation dérape quand ils essaient de lui passer les menottes : le jeune père de famille s’empare du pistolet Taser de l’un des policiers et prend la fuite.

Mais alors que, selon la version officielle, il « a pointé le Taser vers l’agent qui a utilisé son arme », l’autopsie a confirmé qu’il était mort de deux balles dans le dos.

« C’est très dérangeant », a commenté lundi Donald Trump dans sa première réaction.

Le président républicain a annoncé qu’il dévoilerait à son tour mardi une réforme des forces de l’ordre. « Il s’agira de la loi et de l’ordre, mais aussi de justice et de sécurité », a-t-il dit.  

Des responsables de la Maison-Blanche ont précisé qu’il souhaitait encourager les bonnes pratiques dans la police, notamment en liant l’attribution de subventions fédérales à la modernisation des normes de maintien de l’ordre dans les unités locales du pays.

Depuis le début du mouvement, Donald Trump s’est montré très évasif au sujet des réponses à apporter aux revendications.

« Qu’ils aillent en prison »

L’auteur du tir, Garrett Rolfe, a été limogé et le procureur local a indiqué qu’il pourrait l’inculper en milieu de semaine. Son collègue a lui été mis à pied.  

« Je veux qu’ils aillent en prison », a déclaré la veuve de la victime, Tomika Miller, sur la chaîne CBS. « Si c’était mon mari qui les avait tués, il aurait pris la perpétuité. »

Lors d’une conférence de presse, elle a ensuite appelé les manifestants à rester « pacifiques ». « Nous voulons que son nom reste associé à quelque chose de positif », a-t-elle expliqué, en larmes, alors que le fast-food où s’est déroulé le drame a été incendié.

À ses côtés, plusieurs membres de la famille ont à leur tour lancé un plaidoyer en faveur de réelles réformes. « Nous réclamons justice mais aussi des changements ! », a déclaré Chassidy Evans, une nièce de Rayshard Brooks.  

Devant le capitole de l’État de Géorgie, une foule a fait écho à ses propos. « Je suis venu en tant qu’homme noir », leur a lancé l’entraîneur de l’équipe de basket Atlanta Hawks. « Je suis né noir, un jour je mourrai noir mais je ne veux pas mourir parce que je suis noir », a-t-il encore dit.

Ces appels, récurrents depuis trois semaines commencent à porter leurs fruits au niveau local.

Plusieurs villes ont déjà entrepris d’interdire des pratiques controversées, comme la prise d’étranglement. Marquée à vif, Minneapolis est allée plus loin en annonçant un démantèlement de son département de police, pour remettre à plat tout le système.

La maire démocrate de Chicago Lori Lightfoot, elle-même afro-américaine, a annoncé à son tour lundi la création d’un groupe de travail pour réviser les règles d’engagement de la police locale.

En Californie, plusieurs syndicats policiers ont promis de se débarrasser des agents racistes. Et à New York, le commissaire Dermot Shea a promis de réaffecter 600 agents, notamment vers des missions de proximité.