Le cap du million de cas confirmés de COVID-19 sera franchi ce jeudi dans le monde, alors que l’épidémie s’accélère aux États-Unis : le Texas, deuxième État par la population, pourrait devenir l’un des épicentres de la maladie.

NICOLAS BÉRUBÉ NICOLAS BÉRUBÉ
La Presse

Pour lutter contre la propagation de la COVID-19, le gouverneur du Texas Greg Abbott enjoint aux 29 millions de Texans de rester chez eux et de ne sortir que pour des besoins essentiels.

Le hic, c’est que le gouverneur républicain de l’État qui vient au deuxième rang aux États-Unis pour sa population, vient de faire cette demande, le mardi 31 mars, soit 48 jours après la confirmation du premier cas de COVID-19 au Texas. Et la directive ne s’applique pas aux églises, qui pourront continuer de tenir des cérémonies religieuses pourvu que les consignes de distanciation soient observées.

« Nous vivons une crise sanitaire sans précédent, et la réponse du gouverneur est déroutante », explique en entrevue téléphonique Donna Imam, ingénieure et candidate démocrate à la Chambre des représentants pour le district de la région située au nord d’Austin, capitale de l’État.

Mme Imam note que le manque de tests au Texas ne permet pas aux experts d’avoir une image claire de la situation, ce qui rend d'autant plus importante la directive d'ordonner un confinement comme l'ont fait plusieurs gouverneurs américains — et non seulement d'utiliser une « action exécutive », comme le fait le gouverneur du Texas avec sa demande aux citoyens.

« Des urgentologues me disent qu’ils n’auront plus d’équipement de protection d’ici deux à trois jours, mais au lieu d'ordonner un confinement à la grandeur de l'État, notre gouverneur préfère parler de bannir le droit à l’avortement et maintenir les services religieux », dit Mme Imam.

Son manque de leadership fera en sorte que de nombreux Texans contracteront la maladie et en souffriront.

Donna Imam, candidate démocrate à la Chambre des représentants

Serena Bumpus, infirmière et directrice de l’Association des infirmières du Texas, dit s’attendre à un « tsunami » de cas de COVID-19, avec un sommet dans « trois ou quatre semaines » au Texas. « Actuellement, l’eau s’est retirée, et on attend de voir la taille de la vague », dit-elle en entrevue téléphonique, ajoutant que le manque d’équipement de protection était devenu un enjeu sur le terrain.

Cette semaine, l’Association des hôpitaux du Texas et l’Association des infirmières du Texas ont conjointement demandé au gouverneur d’agir avec plus de célérité pour combattre la pandémie. Quelque 70 % des Texans avaient déjà reçu la consigne de rester chez eux, imposée par différents maires et comtés de l’État – sans pour autant avoir le poids d’un ordre du gouverneur.

PHOTO RICARDO B. BRAZZIEL, ASSOCIATED PRESS

Greg Abbott, gouverneur du Texas

Mardi, les autorités texanes ont révélé que 28 étudiants de l’Université du Texas à Austin avaient contracté la COVID-19 lors d’un voyage au Mexique il y a deux semaines, alors que la pandémie mondiale faisait rage. Ces étudiants dans la vingtaine ont potentiellement infecté des gens avec qui ils ont pris l’avion pour rentrer aux États-Unis.

On compte officiellement 3715 personnes infectées à la COVID-19 au Texas, et 56 morts.

5000 morts

On dénombre maintenant plus de 210 000 cas d’infection à la COVID-19 aux États-Unis, un nombre qui a plus que doublé en moins d’une semaine. Près de 5000 personnes en sont mortes. Selon la Maison-Blanche, entre 100 000 et 240 000 Américains pourraient mourir des suites de la maladie dans les prochains mois, même avec les mesures de distanciation mises en place dans la vaste majorité des États.

PHOTO ARCHIVES REUTERS

Le porte-avion nucléaire USS Theodore Roosevelt

Mercredi, la US Navy a commencé l’évacuation du porte-avion nucléaire USS Theodore Roosevelt, un navire de guerre comportant 5000 membres d’équipage, dont 93 ont reçu un test positif à la COVID-19. Quelque 1000 marins ont été évacués dans l’île de Guam, et 2700 autres sont sur le point de l’être.

170 000 : nombre approximatif de détenus dans l'une des 122 prisons fédérales américaines qui ont été placés à l’isolement pour au moins deux semaines, afin d’éviter une flambée de coronavirus

L’épidémie de COVID-19 s’accélère dans les établissements fédéraux, où 29 détenus et 30 gardiens ont été contaminés, selon le dernier décompte du Bureau fédéral des prisons. Les défenseurs des droits des détenus ont vivement critiqué la mesure d’isolement. « Être mis à l’isolement n’est pas une solution. Être mis à l’isolement est une torture », a ainsi dénoncé sur Twitter Scott Hechinger, avocat d’accusés à New York.

Des mesures comparables ont suscité des émeutes meurtrières dans des prisons d’Italie et de Jordanie, ainsi que des évasions au Venezuela et au Brésil.

À New York, près de 84 000 personnes sont infectées par le virus jusqu’ici, et 1941 en sont mortes. Mercredi, le gouverneur de New York Andrew Cuomo a appelé le président Trump à invoquer la Loi sur la production de défense (Defence Production Act), qui stipule que le président peut ordonner à une entreprise de produire tel ou tel équipement dont le pays a besoin.

PHOTO BRYAN R. SMITH, AGENCE FRANCE-PRESSE

Andrew Cuomo, gouverneur de New York

« Notre seul espoir actuellement est une action du gouvernement fédéral, a dit M. Cuomo dans son point de presse quotidien. Nous avons besoin d’habits de protection, de masques, de gants. Il faut les fabriquer. Pourquoi avons-nous des manques de ces équipements de base ? »

— Avec la collaboration de l’Agence France-Presse