Crise migratoire à la frontière américano-mexicaine

Un garde-frontière inspecte le certificat de naissance d'Alejandro,... (PHOTO JENNIFER WHITNEY, THE NEW YORK TIMES)

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Un garde-frontière inspecte le certificat de naissance d'Alejandro, 8 ans. C'est la seule chose qu'il a prise avec lui en traversant la frontière américano-mexicaine. Quelque 57 000 mineurs non accompagnés ont traversé la frontière depuis octobre 2013.

PHOTO JENNIFER WHITNEY, THE NEW YORK TIMES

Emmanuelle Steels

collaboration spéciale

La Presse

(MEXICO) La violence en Amérique centrale et l'espoir d'une réforme migratoire aux États-Unis poussent des dizaines de milliers d'enfants et d'adolescents à fuir, souvent seuls, dans des conditions périlleuses. Cette «crise humanitaire», comme l'a qualifiée le gouvernement américain, a poussé Barack Obama cette semaine à exhorter les parents à ne pas envoyer leurs enfants vers la frontière américaine. Notre journaliste présente les cinq facettes de cet exode.

1. La fuite vers le Nord

Des deux côtés de la frontière américano-mexicaine, plus de 50 000 Centraméricains mineurs qui voyageaient sans leur famille ont été interpellés depuis octobre 2013. La plupart ont de 12 à 17 ans et sont originaires du Honduras, du Guatemala et du Salvador. Cette vague migratoire sans précédent s'explique par une convergence de facteurs. Les conditions de vie en Amérique centrale sont qualifiées de «moteur d'expulsion» par l'anthropologue mexicain Jorge Durand, spécialiste des flux migratoires: «Il y a un conflit de basse intensité lié au narcotrafic, qui touche particulièrement les jeunes et qui laisse des milliers d'enfants orphelins.» Ceux-ci fuient la violence.

2. L'effet «réforme migratoire»

Le gouvernement mexicain accuse Washington d'entretenir la confusion par rapport à une éventuelle réforme migratoire, qui soulève d'immenses espoirs, tant au Mexique qu'en Amérique centrale. Cela aurait provoqué un appel d'air pour des milliers de jeunes: «Les États-Unis, avec leurs discours, ont fait croire aux pays d'Amérique centrale qu'ils pourraient accueillir leurs enfants et qu'ils auraient la possibilité d'obtenir la résidence», a déclaré récemment Miguel Ángel Osorio Chong, ministre mexicain de l'Intérieur. Les républicains américains tiennent aussi Obama pour responsable de cette crise qui a fait déborder les centres de détention de sans-papiers du Texas, un État que le président a visité mercredi en quête de solutions.

3. La rumeur d'une amnistie

La nouvelle de la suspension des expulsions de certains migrants arrivés encore enfants avant 2012 aux États-Unis, ordonnée par Obama il y a deux ans, s'est répandue comme une traînée de poudre dans ces pays. La nouvelle a été déformée, et la rumeur d'une amnistie migratoire généralisée pour les mineurs s'est répandue. Cela a encouragé les départs massifs de jeunes Centraméricains. «Nous attribuons cette rumeur aux passeurs mexicains et aux organisations criminelles qui veulent attirer davantage de migrants dans leurs filets», explique Valdette Willemann, jointe au Honduras, où elle dirige le Centre d'attention aux migrants expulsés de Tegucigalpa.

4. Expulsions compliquées

Afin de dissuader les candidats à la traversée, Obama a réclamé mardi une enveloppe de 3,7 milliards de dollars au Congrès, unesomme qui servira à faciliter les expulsions de mineurs et à accroître la collaboration avec les pays d'Amérique centrale. Or, les dizaines de milliers de jeunes qui ont passé la frontière ces derniers mois n'ont pas été expulsés, comme en témoigne Valdette Willemann: «Les jeunes Honduriens sont les plus nombreux à migrer et pourtant, en 2014, seuls 60 mineurs honduriens ont été expulsés par les États-Unis. Ils vont certainement rapatrier ceux qui sont arrivés récemment, mais ce n'est pas encore le cas.» Le fait de ne pas les voir revenir a encouragé d'autres jeunes Centraméricains à suivre leurs traces. Une fois franchie la frontière américaine, ils se laissent arrêter, car ils se sentent protégés par les autorités, qui sont obligées de rechercher leurs parents aux États-Unis.

5. Le dilemme mexicain

Le Mexique, déstabilisé par cette déferlante de jeunes Centraméricains sur son territoire, assume une position inconfortable vis-à-vis de ses voisins du Sud. Ce pays d'émigrés, qui a toujours défendu les droits de ses compatriotes au Nord, expulse des Centraméricains à tour de bras. «Le Mexique expulse plus de mineurs que les États-Unis», rappelle Alberto Xicotencatl, directeur du refuge Casa del Migrante dans la ville de Saltillo, dans le nord-est du Mexique. Le ministère de l'Intérieur prévoit au minimum 16 000 déportations en 2014, soit le double de l'an dernier. Pourtant, des deux côtés de la frontière, certains n'hésitent pas à condamner l'inefficacité du «filtre mexicain». «Si les États-Unis sont incapables de contenir ce flux, le Mexique encore moins», répond Jorge Durand.

9622

Le nombre de Centraméricains mineurs non accompagnés interceptés au Mexique et rapatriés vers leurs pays d'origine durant les six premiers mois de 2014.

5000

La somme en dollars américains que réclament les passeurs pour faire traverser le Mexique et la frontière américaine à un Centraméricain mineur.




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