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La guerre de l'ombre de Barack Obama

Le pilotage des drones se fait à partir... (Photo : Associated Press)

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Le pilotage des drones se fait à partir d'une cabine de pilotage terrestre.

Photo : Associated Press

Les États-Unis se sont retirés de l'Irak et se préparent à faire leurs valises en Afghanistan. Mais Barack Obama n'abandonne pas pour autant la guerre contre le terrorisme. Son arme à lui, ce sont les drones: ces appareils télécommandés qui permettent de tuer sans risquer la vie d'un seul soldat américain. Cette semaine, l'ONU a déclenché une enquête sur les frappes de drones, qui ont coûté la vie à quelque 3000 personnes, seulement au Pakistan. Gros plan sur une guerre secrète qui soulève de plus en plus d'objections.

Bien qu'il demeure généralement discret à ce sujet, le président américain Barack Obama a fait de l'utilisation des drones l'un des piliers de sa lutte contre le terrorisme.

Le chef d'État vient en quelque sorte de réitérer sa confiance dans cette stratégie controversée en propulsant à la tête de la CIA l'un de ses principaux conseillers en matière de sécurité, John Brennan.

L'homme est considéré comme l'un des maîtres d'oeuvre de la politique de frappes ciblées qu'utilise l'administration pour éliminer de présumés djihadistes dans des pays comme le Pakistan, le Yémen et la Somalie.

Lors d'une allocution remarquée à Washington en avril, M. Brennan a pris la défense de ces frappes en arguant qu'elles sont «parfaitement légales». Les États-Unis, a-t-il relevé, sont engagés dans un «conflit armé» avec Al-Qaïda et des groupes associés comme les talibans et ont le droit d'utiliser la force pour assurer leur défense.

Les drones, a-t-il ajouté, constituent un moyen d'action «éthique» parce qu'ils permettent de cibler les ennemis de manière précise en limitant les victimes civiles.

Les affirmations de M. Brennan sur la légalité et l'efficacité du programme sont de plus en plus contestées aux États-Unis.

Nick Mottern est l'un de ceux qui mènent la charge. Ce résidant de la région de New York dirige l'organisation Know Drones, qui produit des maquettes géantes pour sensibiliser le public.

«Des gens se font tuer sans aucun recours aux tribunaux, en violation complète de la Constitution. Il faut que ça cesse», dit-il.

La bataille se mène dans la rue, mais aussi devant la justice. Une poursuite a notamment été déposée par la famille d'Anwar al-Awlaki et de son fils de 16 ans, tués en 2011 lors de frappes de drones au Yémen. Le religieux d'origine américaine était considéré comme un membre influent d'Al-Qaïda.

Dans la requête, la famille allègue que la décision de l'éliminer contrevenait aux droits fondamentaux reconnus aux citoyens américains, dont celui d'avoir un procès juste et équitable avant toute peine.

La question se pose avec encore plus d'acuité pour les personnes apparemment tuées sans raison.

Le Bureau of Investigative Journalism, à Londres, a entrepris il y a quelques années de comptabiliser les frappes et leurs résultats, une tâche des plus difficiles. Le responsable du programme, Chris Woods, affirme que seules 200 des quelque 3000 personnes tuées en 10 ans au Pakistan ont pu être identifiées comme des militants.

M. Woods, qui s'est rendu à plusieurs reprises dans les zones tribales pakistanaises, note que l'administration demeure très discrète sur les critères utilisés pour établir sa liste de cibles. Elle approuve aussi des frappes qui sont fondées strictement sur la découverte de comportements établis comme «suspects» du haut des airs.

Hima Shamsi, qui est responsable du programme de sécurité nationale à l'American Civil Liberties Union (ACLU), note que la CIA a souvent erré par le passé en matière d'identification de présumés djihadistes.

«Il suffit de penser à la prison de Guantánamo. L'administration a répété qu'il s'agissait de terroristes, du pire du pire, avant d'en relâcher la majeure partie», souligne-t-elle.

La juriste ne croit pas que l'idée d'une menace «imminente» souvent évoquée par l'administration pour justifier les frappes soit crédible.

Jennifer Gibson, une avocate de l'organisation anglaise Reprieve qui travaille sur la question des drones, pense que le gouvernement devrait mettre cartes sur table. «Il faut que les avis juridiques sur lesquels s'appuient les frappes soient diffusés pour que les fondements du programme puissent être discutés et débattus», souligne-t-elle.

Une enquête lancée cette semaine par les Nations unies sur l'usage des drones pourrait permettre de jeter plus de lumière sur la pratique, qui pose un «défi majeur au cadre légal international».

Bien que l'usage des drones fasse l'objet d'une attention accrue, la population américaine demeure encore mal informée à ce sujet, souligne M. Mottern.

«Je constate que la plupart des gens ne savent pas vraiment ce que sont les drones et quels sont les enjeux liés à leur utilisation», souligne le militant, qui reproche au gouvernement de créer un inquiétant précédent avec son programme.

L'ACLU se dit convaincue que l'administration cause du tort au pays avec cette politique. «Les dangers occasionnés à long terme pour la sécurité nationale sont plus importants que les gains à court terme», souligne Mme Shamsi.

***

Le Pakistan, la cible la plus fréquente des attaques américaines

362 frappes de drones de la CIA entre 2004 et 2013

86 % Des frappes ordonnées sous Obama

2629 à 3461 Nombre colligé de personnes tuées

475 à 891 Nombre minimal de civils tués

176 Nombre minimal d'enfants tués

1267 à 1431 Nombre colligé de personnes blessées

Source : Bureau of Investigative Journalism




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