Les États-Unis ont annoncé mardi que Richard Holbrooke aurait un successeur, un choix qui ne masque pas l'ascendant pris par le volet militaire dans la stratégie en Afghanistan et au Pakistan.

Publié le 14 déc. 2010
Christophe Schmidt AGENCE FRANCE-PRESSE

Frank Ruggiero, un des adjoints de l'émissaire américain «AfPak» (pour Afghanistan et Pakistan), va assurer l'intérim de son patron décédé lundi soir, a indiqué Philip Crowley, le porte-parole de la diplomatie américaine.

Le futur envoyé spécial, qui pourrait être Frank Ruggiero lui-même, sera désigné définitivement dans quelques jours.

Le département d'Etat a souligné que le poste d'émissaire «AfPak» avait fait des émules dans une cinquantaine de pays, qui se réunissent régulièrement.

Pour l'après-Holbrooke, l'administration «ne vas pas faire de vagues et continuer ce qui a été entrepris», pronostique Gilles Dorronsoro, de la fondation Carnegie: «Mais on va peut-être se retrouver avec un diplomate de carrière qui n'aura pas d'action autonome et une équipe moins importante».

L'administration, renchérit Mark Quarterman, du centre de réflexion CSIS, «pourrait en profiter pour faire un pas en arrière» dans sa stratégie «AfPak», qui consiste à traiter ensemble les problèmes de l'Afghanistan et du Pakistan, en intégrant les questions de sécurité et de développement.

M. Ruggiero figurait parmi les responsables réunis mardi à la Maison Blanche par Barack Obama, deux jours avant la présentation du rapport d'étape sur la stratégie afghane adoptée il y a un an.

Le 1er décembre 2009, le président avait choisi l'escalade militaire, envoyant 30.000 soldats américains de plus en Afghanistan. Il avait assorti ce déploiement d'un projet de débuter le retrait des troupes en juillet 2011.

Le rapport devrait affirmer que cette décision a permis des progrès et a commencé de briser l'élan des talibans.

Les positions de Richard Holbrooke, rappelle Gilles Dorronsoro, «étaient un peu dissidentes par rapport à la stratégie actuelle».

«Il était partisan d'une négociation directe entre les Etats-Unis et les talibans», explique-t-il. «Mais jusqu'à présent, les militaires ont gagné avec leur stratégie consistant à briser l'insurrection».

La nomination d'un nouvel émissaire confirme toutefois que l'administration veut disposer en permanence d'un envoyé spécial de haut niveau pour tenter d'imposer ses vues auprès des dirigeants de Kaboul et d'Islamabad.

Dans ce contexte, les analystes interrogés par l'AFP soulignent que les habits de Richard Holbrooke pourraient s'avérer trop grands à porter pour son remplaçant, quel qu'il soit.

Le poids politique du personnage, son savoir-faire de négociateur et son charisme lui conféraient une influence auprès de ses interlocuteurs qu'il sera difficile d'égaler.

«Le job a été créé pour lui à l'origine, et il l'a ensuite défini lui-même», note Daniel Markey, du centre de réflexion CFR.

Ce que résume autrement une phrase prêtée au vice-président Joe Biden, et dont le diplomate disparu n'aurait sans doute pas renié la brutalité: «C'est l'enfoiré le plus égocentrique que je connaisse, mais il est le meilleur choix pour ce job».