Washington a rejeté lundi les critiques du président afghan Hamid Karzaï contre les opérations américaines en Afghanistan, un nouvel accès de tension entre alliés qui tombe mal, à quelques jours d'un sommet de l'Otan sur la stratégie de la coalition dans ce pays.

Publié le 15 nov. 2010
Christophe Schmidt AGENCE FRANCE-PRESSE

Le leader en fuite des talibans afghans, le mollah Omar, a par ailleurs fermement démenti toute discussion de paix avec le gouvernement afghan, qualifiant de «fausses rumeurs» le début de dialogue avec des rebelles revendiqué par M. Karzaï.

À Washington, la secrétaire d'État Hillary Clinton a répliqué poliment, mais fermement, aux critiques de M. Karzaï sur le rôle et l'action des forces américaines dans son pays.

«Le recours à des opérations ciblées fondées sur des renseignements, et précises, contre des cibles importantes parmi les insurgés et leurs réseaux, est un élément-clé» de l'effort des alliés en Afghanistan, a déclaré la chef de la diplomatie américaine.

Ces opérations sont «conduites complètement en partenariat avec le gouvernement afghan», a-t-elle souligné.

Dans un entretien au Washington Post dimanche, Hamid Karzaï estimait que les États-Unis devaient réduire la visibilité et l'intensité de leurs opérations militaires en Afghanistan.

Le président afghan demandait en particulier l'arrêt des opérations des forces spéciales américaines, qui selon lui exaspèrent les Afghans et pourraient aggraver l'insurrection talibane.

Toujours d'après le quotidien américain, mais cette fois dans son édition de lundi, le patron des forces internationales en Afghanistan, le général américain David Petraeus, a exprimé sa «stupéfaction et (sa) déception» après la publication de cet entretien.

Le général Petraeus ne s'est pas rendu à un rendez-vous prévu dimanche à Kaboul avec le président Karzaï, rapporte le quotidien.

Le nouvel épisode survient au moment où Washington, d'après le New York Times, s'apprête à présenter un plan de transfert aux forces afghanes des missions de combat dans certaines zones d'Afghanistan au cours des 18 à 24 prochains mois.

Le plan serait dévoilé en fin de semaine, lors du sommet de l'Otan à Lisbonne.

Le président Barack Obama avait indiqué dès la fin 2009 son intention d'entamer à l'été 2011 le retrait des troupes américaines d'Afghanistan.

La relation malaisée entre M. Karzaï et Washington donne régulièrement lieu à des crises, en particulier depuis la réélection entachée de fraudes de M. Karzai en 2009.

Les États-Unis ne manquent pas une occasion d'appeler Kaboul à plus d'efforts dans la lutte contre la corruption, s'attirant des répliques cinglantes.

Washington soutient néanmoins les tentatives de réconciliation de M. Karzaï avec une partie des talibans. Les dénégations du mollah Omar s'inscrivent dans ce contexte. Dans un communiqué, le chef spirituel des talibans réaffirme que l'unique objectif des talibans reste le retrait d'Afghanistan des forces américaines et de l'Otan.

«Le moment de la défaite des envahisseurs est proche», ajoute-t-il.

Le dernier éclat du président afghan faisait des remous dans la sphère politique à Washington, où la sénatrice Kirsten Gillibrand a fait part de «sa grande inquiétude à l'égard du président Karzaï en tant qu'allié à long terme».

La sénatrice démocrate, qui a rencontré M. Karzaï la semaine dernière, a déclaré devant la presse que le président afghan avait pris des positions «contraires aux intérêts américains».