La candidate de Barack Obama à la Cour suprême, Elena Kagan, 50 ans, actuelle avocate de l'administration américaine auprès de la haute Cour, entamera lundi une série d'auditions devant le Sénat en vue de sa confirmation.

Emmanuel Parisse AGENCE FRANCE-PRESSE

Depuis la désignation de Mme Kagan par le président Obama le 10 mai pour succéder au juge John Paul Stevens, 90 ans, qui a annoncé son départ en avril, la presse américaine a écrit une quantité astronomique d'articles sur l'intéressée.

Son enfance à Manhattan dans les années 1960 et 1970, ses études à Princeton, ses états de service en tant que doyenne de la faculté de droit de Harvard, sa carrière de juriste ont été décortiqués dans les moindres détails.

Mais peu d'éléments de véritable controverse semblent pouvoir être retenus contre elle. N'ayant jamais été juge, Mme Kagan n'a jamais eu de verdicts à rendre. Sa candidature à un poste de juge avait été rejetée par le Sénat en 1999.

Cela n'empêchera pas les républicains du Sénat de tenter de faire échec à la candidate du président. Ces derniers ont réclamé des documents concernant Mme Kagan alors qu'elle était conseillère à la Maison Blanche sous la présidence de Bill Clinton.

«Cette candidate a un certain nombre d'éléments controversés dans son passé qui posent problème», a affirmé mardi le responsable républicain de la commission judiciaire du Sénat, Jeff Sessions.

«Ce n'est pas un couronnement, c'est une confirmation de ce qui pourrait être une carrière de 30 à 40 ans à la Cour suprême», a-t-il ajouté, en regrettant les positions trop «à gauche» de Mme Kagan.

Les républicains mettent en cause le fait qu'elle ait refusé l'entrée du campus de Harvard aux militaires venus recruter, une pratique traditionnelle de la prestigieuse université. Mais ses défenseurs affirment que les recrutements ont pu se poursuivre via les organisations étudiantes.

Vendredi, le sénateur du Texas John Cornyn a estimé que le passé de Mme Kagan montrait une hostilité au droit sacro-saint à porter des armes inscrit dans le deuxième amendement de la constitution.

En revanche, à gauche, certains, comme le Centre pour les droits constitutionnels (CCR) qui défend des détenus de Guantanamo, critiquent ses positions jugées trop favorables à un renforcement des pouvoirs présidentiels, notamment sur les questions de terrorisme.

Le président Obama a incité dimanche à Toronto, où il participait à un sommet du G20, les sénateurs à poser des «questions difficiles» à Mme Kagan, estimant que les attaques dont elle a fait l'objet jusqu'ici étaient «de la roupie de sansonnet».

Après avoir auditionné Mme Kagan, la commission sénatoriale devra se prononcer sur sa nomination. Celle-ci devra encore être approuvée par le Sénat en séance plénière, vraisemblablement avant la fin juillet ou début août.

Confirmée, Elena Kagan deviendrait la benjamine de la plus haute juridiction des Etats-Unis et la quatrième femme à y être nommée après Sandra Day O'Connor, Ruth Bader Ginsburg et Sonia Sotomayor.

Et, pour la première fois de l'histoire des Etats-Unis, trois femmes siègeraient en même temps, aux côtés de six hommes.

Les auditions devant la commission judiciaire du Sénat, imposées par la constitution, sont retransmises en direct à la télévision et s'apparentent généralement à un passage au gril où tout est décortiqué: passé, expérience professionnelle, écrits de jeunesse, équité ou morale.

Au cours des 40 dernières années, un quart des candidats a été rejeté. Sans compter les auditions très tendues s'achevant par un vote favorable mais très serré.