Le Congrès a infligé une rare fin de non recevoir mardi au président Barack Obama en lui refusant les 80 milliards de dollars qu'il demandait pour la fermeture de Guantanamo, et en réclamant un plan précis sur le sort des prisonniers.

Mis à jour le 19 mai 2009
Emmanuel Parisse AGENCE FRANCE-PRESSE

Après la Chambre des représentants qui avait refusé de fournir le financement la semaine dernière, c'était au tour du Sénat mardi.

Peu avant que ne commencent les débats à la chambre haute sur le projet de budget supplémentaire pour 2009 de 91,3 milliards de dollars pour financer les guerres en Afghanistan et en Irak, le leader de la majorité démocrate Harry Reid s'est clairement prononcé contre le financement du transfèrement des détenus de Guantanamo aux Etats-Unis.

«Ce n'est ni le moment, ni le projet de loi pour traiter ce problème», a-t-il dit à la presse.

Le numéro deux de la majorité démocrate, Richard Durbin, a ensuite déclaré devant le Sénat que la décision de fermer Guantanamo était justifiée, tout en approuvant la décision de retirer l'argent du projet de budget.

Cette décision a été prise par le président de la commission chargée de répartir les fonds publics, Daniel Inouye, et doit être soumise au vote des sénateurs.

«Ce projet de budget couvre les quatre prochains mois. Au cours de cette période, le président va sans aucun doute finir par proposer son plan», a ajouté M. Durbin.

Parallèlement, les démocrates, par la voix de M. Reid, ont fait passer le message selon lequel ils ne souhaitaient pas voir de «terroristes libérés aux Etats-Unis». M. Durbin a enchaîné en assurant que «le président des Etats-Unis ne permettra jamais que des terroristes soient relâchés aux Etats-Unis».

La majorité n'a pas avancé de solution quant au sort des prisonniers en indiquant qu'elle attendait un plan de l'administration. «En aucun cas les démocrates ne bougeront sans un plan complet et responsable du président», a martelé M. Reid.

Or, l'administration Obama envisage le transfèrement de certains détenus dans des prisons américaines et la libération sur le territoire américain de certains de ceux qui ont été innocentés.

L'opposition républicaine a quant à elle plaidé pour le maintien pur et simple de la prison de Guantanamo.

«Guantanamo est l'endroit idéal pour ces terroristes», a déclaré mardi le leader de la minorité républicaine du Sénat, Mitch McConnell, qui s'est fait ces dernières semaines le porte-parole des opposants à la fermeture du site en s'exprimant sur le sujet presque chaque jour devant le Sénat.

«J'espère que le président va faire preuve de la même flexibilité sur cette question que sur d'autres questions de sécurité nationale», a-t-il dit en faisant allusion notamment à la décision de M. Obama de ne pas publier les photos de sévices qui ont été infligés par des soldats américains.

L'administration compte toujours fermer la prison controversée de Guantanamo d'ici janvier 2010, malgré les résistances émanant du Congrès, a assuré mardi le porte-parole du Pentagone, Geoff Morrell.

«D'après ce que je sais, tout est en bonne voie pour fermer le centre de détention de Guantanamo dans les délais impartis par le président par voie de décret», a dit M. Morrell à la presse.

Sur 800 hommes et adolescents passés par les geôles de Guantanamo, seule une vingtaine a été inculpée. Il y reste 241 détenus, dont 60 déclarés libérables.

Selon un rapport du Pentagone publié en janvier, 61 ex-détenus de Guantanamo renvoyés dans leurs pays d'origine ont repris les armes après leur libération.