Six ans après le début de l'invasion de l'Irak, le 20 mars 2003, l'armée américaine commence à entrevoir la fin de sa mission et son retrait du pays, sans toutefois avoir l'assurance que les forces irakiennes pourront gérer en solo cette nouvelle donne.

AGENCE FRANCE-PRESSE

Il y a un an, en plein cinquième anniversaire de l'opération «Iraqi Freedom», l'armée irakienne, fortement soutenue par des unités américaines, lançait une grande offensive sur Bassorah (sud) pour en déloger les miliciens extrémistes du leader radical chiite Moqtada Sadr.

Mossoul (nord) était en partie sous le joug d'Al-Qaïda et des groupes insurgés. Et des attentats à Bagdad et dans la province de Diyala (est) faisaient des dizaines de morts.

Cette année, la donne a changé et les violences ont baissé. Longtemps contesté, le Premier ministre Nouri al-Maliki a assis son autorité, gagné une légitimité en remportant les élections provinciales fin janvier.

Et surtout, les 140.000 soldats américains sont sur le départ.

Dans les trois prochains mois, les unités américaines devront avoir quitté les villes et villages du pays, prélude à un retrait massif en août 2010, avant un désengagement total d'ici le 31 décembre 2011.

En quittant les villes, les Américains vont laisser le champ libre aux forces irakiennes de sécurité.

«Le redéploiement vers la périphérie va améliorer la sécurité à l'extérieur et à l'intérieur des villes en étouffant les chaînes de soutien qui alimentent le terrorisme», assurait récemment le commandant adjoint des forces américaines à Bagdad, le général Frederick Rudesheim.

Selon lui, une poignée de soldats restera dans les centres urbains pour soutenir les opérations irakiennes.

En 2007, au maximum de l'effort militaire américain, plus de 160.000 soldats étaient déployés en Irak. Cette année-là, 17.430 Irakiens (militaires, policiers et civils) avaient péri dans les violences, essentiellement confessionnelles.

En 2008, le bilan a chuté à 6.772. Et les deux premiers mois de 2009, avec 449 morts irakiens, ramènent les violences au niveau de 2003 quand le régime de Saddam Hussein était tombé et que les violences confessionnelles n'avaient pas encore éclaté.

Parallèlement, les Irakiens abordent la septième année de présence américaine avec des prérogatives élargies qui leur donnent une plus grande souveraineté.

Au 1er janvier, les Américains leur ont transmis le contrôle des opérations de sécurité.

Mais deux attentats suicide début mars, à Bagdad et Abou Ghraib, ont jeté une ombre sur la capacité de l'armée et de la police à faire durer les progrès accomplis ces douze derniers mois.

«Ces attaques représentent une sérieuse détérioration» de la sécurité et une nouvelle stratégie doit être élaborée contre Al-Qaïda et les groupes insurgés encore actifs, s'est inquiété le vice-président Tarek al-Hachémi.

A la veille de l'anniversaire de l'invasion, le chef présumé de la branche irakienne d'Al-Qaïda, Abou Omar al-Baghdadi, a appelé à de nouvelles attaques.

«Ce que le leader de l'occupation a annoncé n'est qu'un nouvel exemple de duperie de l'impérialisme (...) Il espère que les "idiots" et les "imbéciles" accepteront l'occupation de notre terre et l'humiliation pendant encore trois ans», a-t-il affirmé en référence au retrait d'ici fin 2011, dans un enregistrement dont l'authenticité n'a pu être vérifiée.

De son côté, le porte-parole du Pentagone Geoff Morrell se gardait mardi de tout triomphalisme.

«Je pense que les progrès sont évidents. C'est indéniable», estimait M. Morrell, décrivant toutefois la situation dans le pays comme «fragile», notamment en raison des incidents fréquents à Mossoul et dans la province de Diyala.