Cela fait quatre jours que Wanez Laurent cherche quoi faire avec le corps de son père, André, tué à l'hôtel Montana. Samedi, après avoir tenté en vain d'acheter un cercueil dans la capitale, il a décidé d'en construire un parmi les décombres de cet établissement luxueux qui s'est complètement effondré durant le séisme.

Caroline Touzin LA PRESSE

Pendant que Wanez sciait des planches de bois à côté de l'endroit où son père a trouvé la mort, des équipes de secouristes aidés de chiens renifleurs étaient toujours à l'affût du moindre signe de vie.

 

Le soir du séisme, Wanez est parti à la recherche de sa mère qui était alors à la messe dans une église de Delmas. Rendu là-bas, il a découvert l'horreur. Il a mis des heures à trouver le corps de sa mère parmi ceux des croyants décédés. Puis il a entendu dire que le Montana, l'hôtel chic de Pétionville où son père travaille depuis 25 ans comme barman, s'était aussi effondré.

À son arrivée au Montana, mercredi matin, Wanez s'est dirigé vers le bar où son père travaillait près de la piscine de l'hôtel. Il n'y avait plus de bar. Il s'est mis à crier: «Papa, es-tu là?» Et c'est alors qu'il a entendu la voix de son père à travers les décombres lui répondre: «Oui, je suis là, mon fils.»

Pendant les huit heures qui ont suivi, Wanez a creusé, creusé, puis creusé encore. À la fin, son père lui a dit: «Viens me trouver. Je n'en peux plus.» Une première équipe de secours américaine est arrivée plus tard cette journée-là. Trop tard pour sauver le père de Wanez. Ils ont trouvé son corps vers 3h du matin jeudi.

Wanez a demandé que le corps reste au Montana tant qu'il ne trouverait pas un moyen d'enterrer dignement son père. À la fin de la journée de samedi, Wanez et ses frères ont terminé de fabriquer le cercueil. Ils ont mis leur père à l'intérieur et l'ont transporté vers son dernier repos dans un cimetière situé non loin de l'hôtel.

C'est aussi samedi que le fils de la copropriétaire du Montana qui était dans l'hôtel au moment du séisme a alerté les secouristes pour dire qu'il entendait la voix de sa mère à travers les décombres. Après des heures de recherche, la copropriétaire, Nadine Cardozo Riedl, a finalement été trouvée vivante sans blessure grave dans la nuit de samedi à dimanche.

L'hôtel était presque complet

Près de ce qui a jadis été la réception de l'hôtel, plusieurs familles attendaient toujours patiemment que les équipes de secours retrouvent des clients, morts ou vivants, hier. Cet hôtel de cinq étages avait un taux d'occupation de 95% au moment de la catastrophe. Il compte une centaine de chambres et une soixantaine d'appartements loués essentiellement à des étrangers et à de riches gens d'affaires du pays. L'ex-président américain Bill Clinton, la gouverneure générale du Canada, Michaëlle Jean, et l'acteur Brad Pitt y ont déjà séjourné.

Depuis le séisme de mardi, les équipes de secours provenant des États-Unis, d'Espagne, de France et de plusieurs pays d'Amérique du Sud ont réussi à sortir 21 personnes vivantes des décombres de l'hôtel, dont au moins trois Canadiens, a indiqué à La Presse le coordonnateur des efforts de sauvetage pour la MINUSTAH (casques bleus de l'ONU en Haïti), le major Rodrigo Vasquez, samedi. Au moins huit morts ont également été retrouvés. Impossible de savoir toutefois combien de gens étaient dans l'hôtel au moment du tremblement de terre.

Les secouristes n'ont toujours pas perdu espoir de retrouver des survivants. «Il nous reste encore deux jours avant de terminer nos recherches», a indiqué un responsable des opérations de sauvetage, hier. Une équipe d'ingénieurs chiliens doit arriver aujourd'hui pour aider à retirer les plus gros débris et ainsi accélérer les recherches.

Il est possible pour un être humain de survivre sept jours sans eau, souligne le capitaine de l'unité d'instruction et d'intervention de la sécurité civile française, Emmanuel Delmart, aussi sur place samedi. M. Delmart a été témoin de scènes très difficiles depuis le début des opérations.

Après avoir travaillé pendant 10 heures dans la nuit de mercredi à jeudi pour sortir un Américain toujours vivant des décombres, ce dernier a fait un arrêt cardiaque. «On ne peut pas rester insensible lorsqu'on travaille pour sauver quelqu'un pendant 10 heures et qu'il meurt», lâche-t-il, visiblement fatigué. Son équipe a également dû amputer les deux jambes d'une autre victime sous les décombres pour réussir à la faire sortir en vie.

Avec la collaboration de Hugo De Grandpré