Les États-Unis n'ont pas de plan pour la Syrie à l'heure où ils mettent en oeuvre l'ordre du président Donald Trump de retrait des troupes américaines, a affirmé dimanche l'ancien envoyé spécial américain pour la coalition internationale antidjihadiste, Brett McGurk.

Mis à jour le 20 janv. 2019
AGENCE FRANCE-PRESSE

«Il n'y a pas de plan pour ce qui suit», ce qui augmente les risques pour les troupes américaines sur place, a déclaré M. McGurk, qui a démissionné de ses fonctions en décembre après l'annonce du retrait américain de Syrie.

Il s'exprimait dans une entrevue à la chaîne CBS, après qu'une attaque suicide eut fait mercredi 19 morts dont quatre Américains à Manbij, dans le nord de la Syrie, ville contrôlée par des combattants kurdes appuyés par des militaires américains.

L'attentat a été revendiqué par le groupe État islamique (EI).

Il s'agit de l'attaque la plus meurtrière contre les troupes américaines depuis leur déploiement en Syrie en 2014.

Donald Trump a ordonné le mois dernier le retrait des quelques 2000 militaires américaines présents en Syrie. Cette mesure a été suivie par la démission du ministre de la Défense Jim Mattis et par celle de Brett McGurk, qui ont exprimé leur désaccord avec cette décision.

De hauts responsables américains ont depuis donné des déclarations contradictoires sur les intentions de Washington, mais le Pentagone a indiqué que le retrait a commencé, même si on ignore encore combien de temps il va prendre avant de s'achever.

«Le président a été clair, nous partons. Et cela signifie que nos troupes doivent avoir clairement une mission : se retirer, et se retirer en sécurité», a dit M. McGurk.

Mais «en ce moment nous n'avons pas de plan», a-t-il ajouté. «Cela augmente la vulnérabilité de nos troupes [...] Cela augmente les risques pour nos hommes sur le terrain en Syrie et cela va ouvrir de l'espace pour l'EI».

L'ancien émissaire a également estimé qu'un «partenaire» tel que la Turquie, alliée de Washington au sein de l'OTAN, n'était pas en mesure de remplacer les États-Unis comme l'assure Ankara.

«Ce n'est pas réaliste», a affirmé M. McGurk, estimant qu'il était difficile de retirer les troupes et en même temps de chercher une formule pour les remplacer par un autre partenaire de la coalition antidjihadiste. «Ce n'est pas un plan viable», a-t-il insisté.

Dans une tribune publiée le 18 janvier par le Washington Post, Brett McGurk avait estimé que la Turquie n'avait pas à elle seul les moyens militaires d'un tel rôle.

Donald Trump avait justifié sa décision de retrait des troupes américaines par le fait que l'EI était vaincu, ce que Brett McGurk et d'autres experts mettent en cause.

L'ancien émissaire avait auparavant prévenu qu'un retrait américain renforcerait le président syrien Bachar al-Assad et diminuerait l'influence américaine face à la Russie et à l'Iran.