Des jeunes qui campaient sur une place d'Amman ont été attaqués et plusieurs d'entre eux blessés dans la nuit de jeudi à vendredi par un groupe de partisans du pouvoir jordanien, sans que les forces de l'ordre n'interviennent, ont annoncé à l'AFP des témoins.

Publié le 24 mars 2011
AGENCE FRANCE-PRESSE

Des centaines de «jeunes du 24 mars», un groupe de différentes tendances, y compris des islamistes, s'étaient rassemblés sur la place «Jamal Abdel Nasser» où ils avaient dressé un campement pour appeler le régime jordanien à des «réformes» et au «jugement» des dirigeants corrompus.

À la tombée de la nuit, la police a tenté de les disperser, puis a coupé le courant électrique sur la place vers 23 h, heure locale (17h à Montréal), a constaté une journaliste de l'AFP.

«Près de 50 loyalistes qui s'étaient rassemblés non loin d'eux ont profité de la coupure de courant pour attaquer les jeunes avec des pierres», a déclaré à l'AFP l'un de ces jeunes, Moaz Kassrawi, du parti al-Wahdeh (gauche).

«La plupart (des jeunes blessés) ont été blessés à la tête et ont dû être hospitalisés», a-t-il dit.

Selon un autre témoin, la police qui avait entouré les lieux n'est pas intervenue.

«Nous rendons le ministre de l'Intérieur responsable de cet incident et nous appelons le roi et le peuple à nous protéger de ces voyous qui nous attaquent», a déclaré à l'AFP Nihad Zouhair.

Interrogé par l'AFP, le porte-parole de la police, Mohamad Khatib, a affirmé ne pas avoir été informé de «blessés».

Les jeunes s'étaient rassemblés à la suite d'un appel en ce sens sur Facebook, et avaient décidé de camper sur cette place jusqu'à l'obtention de réformes.

«Le peuple veut des réformes du régime», «nous voulons le jugement des symboles de la corruption», «la révolution éclate autour de nous, Jordanie ton tour va venir», avaient-ils scandé.

«Nous voulons des amendements constitutionnels qui garantissent des gouvernements parlementaires», a déclaré à l'AFP Alaa Fazaa, un contestataire qui compte camper «indéfiniment jusqu'à la satisfaction de nos demandes».

En Jordanie, où des manifestations se poursuivent depuis trois mois, l'opposition islamiste ainsi que les mouvements de gauche et nationalistes n'ont pas appelé à un changement de régime, mais à de profondes réformes politiques et à la fin de la corruption.

Le dialogue national entamé en Jordanie peine à réaliser des progrès, la puissante opposition islamiste ayant refusé de s'y joindre.