Washington et Pyongyang ont échangé des coups diplomatiques vendredi à Hanoï au Forum sur la sécurité en Asie, les États-Unis cherchant un soutien de la région face à une Corée du Nord «belliqueuse», qui promet, elle, de «répondre» aux représailles américaines.

Christophe Schmidt AGENCE FRANCE-PRESSE

«Ici, en Asie, une Corée du Nord isolée et belliqueuse s'est lancée dans une campagne de provocations dangereuses», a dénoncé la secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, en rappelant l'attaque contre le vaisseau militaire sud-coréen Cheonan.

Pyongyang doit «changer fondamentalement son comportement» et «respecter son engagement de dénucléarisation» pris en 2005, a-t-elle poursuivi devant les délégués de l'ARF (Forum régional sur la sécurité) assemblés dans la capitale vietnamienne.

Et «pour encourager la Corée du Nord», a-t-elle enchaîné, «nous invitons instamment nos amis et alliés de l'ARF à continuer de mettre en oeuvre les sanctions de l'ONU, pleinement et dans la transparence».

En clôture du Forum, le ministre vietnamien des Affaires étrangères, Pham Gia Khiem, a simplement indiqué que «de nombreux délégués (avaient) exprimé une profonde préoccupation au sujet du naufrage du Cheonan» et émis «l'espoir» que toutes les parties concernées feraient preuve de retenue.

L'ARF était le point d'orgue d'une réunion de l'Association des Nations d'Asie du Sud-Est (ASEAN). En plus des dix du bloc, étaient aussi présents les six pays des négociations au point mort sur le nucléaire nord-coréen: États-Unis, les deux Corées, Chine, Japon, Russie.

En pleine impasse sur le nucléaire, la péninsule coréenne est aussi sous haute tension depuis l'incident de la corvette sud-coréenne, qui a fait 46 morts en mars. Une enquête a imputé l'incident à Pyongyang, qui nie.

La tension est encore montée cette semaine, avec l'annonce des nouvelles sanctions américaines et de manoeuvres militaires menées conjointement par États-Unis et la Corée du Sud à partir de dimanche en mer du Japon.

Des mesures auxquelles Pyongyang a promis vendredi une «réponse physique». «Nous ne sommes plus au XIXe siècle, qui (...) entretenait la diplomatie de la canonnière», a estimé le porte-parole de la délégation nord-coréenne à Hanoï, Ri Tong Il.

En marge de l'ARF, Mme Clinton s'est entretenue avec plusieurs représentants du dialogue à six: ses homologues russe, Sergueï Lavrov, japonais, Katsuya Okada, et chinois, Yang Jiechi.

Le représentant de Pékin, qui ne s'est pas exprimé devant la presse internationale, aurait insisté sur la nécessité de reprendre le dialogue, tout en estimant que la situation n'était «pas encore mûre», selon des hauts responsables américains voyageant avec Mme Clinton.

«Dans les circonstances actuelles, il semble improbable que nous fassions des progrès à court terme», a ensuite ajouté devant la presse la secrétaire d'État.

À l'ARF, Mme Clinton a également réitéré ses critiques contre la Birmanie, membre de l'ASEAN et que les États-Unis accusent d'enfreindre l'embargo instauré par l'ONU sur les transferts d'armes avec la Corée du Nord.

«Il est essentiel», a-t-elle lancé aux délégués, «que la Birmanie entende votre voix, celle de ses voisins, quant à la nécessité qu'elle se conforme aux résolutions de l'ONU et respecte ses obligations» de non-prolifération.

La secrétaire d'État a aussi appelé la junte au pouvoir en Birmanie à libérer «tous les prisonniers politiques, y compris Aung San Suu Kyi».

La figure de l'opposition et Prix Nobel de la Paix est toujours en résidence surveillée, ce qui l'exclut des premières élections législatives prévues cette année dans le pays en 20 ans.