(Ouagadougou) « Vive l’armée », « Vous êtes des héros » : des centaines de personnes favorables au putsch militaire qui a renversé le président Roch Kaboré au Burkina Faso ont manifesté mardi à Ouagadougou, certains adressant des messages hostiles à la France.

Publié le 25 janvier
Armel BAILY Agence France-Presse

À grands coups de klaxons, de sifflets et de vuvuzelas, les manifestants se sont massés sur la place de la Nation, au cœur de la capitale burkinabè, pour célébrer les nouveaux hommes forts du pays.

Des affiches du lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba, leader des putschistes, étaient même vendues sur place.  

« Nous avions demandé à plusieurs occasions le départ du président Kaboré qui n’a pas entendu cet appel. L’armée nous a entendu et compris », se réjouissait Lassane Ouedraogo, un manifestant de 43 ans et militant de la société civile.

PHOTO ANNE MIMAULT, REUTERS

Certains manifestants brandissaient des drapeaux malien et russe, appelant à une coopération avec Moscou comme le régime militaire de Bamako le fait depuis plusieurs mois. Certaines pancartes exprimaient de l’hostilité envers la France.

« Pour nous ce n’est pas un coup d’État. C’est une libération de notre pays qui était dirigé par des incompétents », renchérit Julienne Traoré, une enseignante de 30 ans.  

Ces dernières semaines, des manifestants étaient plusieurs fois descendus dans les rues pour critiquer « l’inaction » de l’exécutif face aux attaques djihadistes qui endeuillent quasi quotidiennement le pays.

Depuis l’arrivée au pouvoir de M. Kaboré en 2015, « le pays n’a fait que sombrer et il était temps de mettre fin à cette catastrophe », assure Mamadou Drabo, membre du mouvement de la société civile Sauvons le Burkina Faso.

Drapeaux malien et russe

Aucun dispositif sécuritaire n’était visible mardi sur la place de la Nation, ce qui tranche avec les regroupements des semaines passées où les manifestants étaient dispersés sans ménagement par la police antiémeute.

« Les militaires ne sont pas suffisamment armés pour lutter contre le terrorisme. Maintenant qu’ils ont pris le pouvoir, ils sauront comment outiller les soldats pour récupérer l’ensemble du territoire », espère Mamadou Drabo.

Des manifestants ont brandi des pancartes sur lesquelles on pouvait lire : « À bas, la France, à bas la Cédéao », la Communauté des États ouest-africains.

La Cédéao est plus particulièrement dans le viseur d’une partie des populations sahéliennes depuis qu’elle imposé au Mali le 9 janvier des sanctions soutenues par la France.

Mardi, la Cédéao a « fermement » condamné « le coup d’État militaire » au Burkina Faso et « la démission » du président Kaboré « obtenue sous la menace, l’intimidation et la pression des militaires ».

Certains manifestants brandissaient également des drapeaux malien et russe, appelant à une coopération avec Moscou comme le régime militaire de Bamako le fait depuis plusieurs mois.  

« À la communauté internationale, nous demandons de respecter la volonté du peuple qui a été parachevée par l’armée. Sanctionner l’armée, c’est sanctionner le peuple burkinabè », prévient Lassane Ouedraogo.  

Les soldats qui allaient et venaient dans le camp Guillaume Ouedraogo en face de la place de la Nation, étaient acclamés par des cris de joie.  

Le camp fait partie des casernes où des soldats se sont mutinés, tirant des coups de feu pendant des heures dimanche, point de départ des évènements qui ont abouti au coup d’État.

« Merci à l’armée », « vous êtes des héros », pouvait-on entendre dans la foule.  

Déjà lundi, des habitants de Ouagadougou s’étaient spontanément rassemblés, dans la soirée, après l’annonce du coup d’État pour célébrer les nouveaux leaders du pays.