L’Afrique du Sud a détecté un nouveau variant du virus responsable de la COVID-19, ont rapporté jeudi les autorités. Bien que cette nouvelle forme du virus présente de nombreuses mutations et pourrait être très contagieuse, il n’y a pas de raison de paniquer, estiment des experts.

Florence Morin-Martel
Florence Morin-Martel La Presse

Si la situation n’est pas très inquiétante pour l’instant, « il ne faut pas non plus être arrogant », prévient André Veillette, professeur de médecine et directeur de l’Unité de recherche en oncologie moléculaire à l’Institut de recherches cliniques de Montréal. « Le variant est-il plus transmissible ? Est-il plus résistant aux vaccins ? Cause-t-il des maladies plus sévères ? », s’interroge M. Veillette. Il est trop tôt pour le savoir.

Détecté en Afrique du Sud, le variant B.1.1.529 présente un nombre « extrêmement élevé » de mutations, a déclaré le virologue Tulio de Oliveira. Il pourrait aussi se propager très vite, a ajouté ce dernier, lors d’un point de presse en ligne chapeauté par le ministère de la Santé. Ce vendredi, l’Organisation mondiale de la santé (OMS) doit se réunir afin de déterminer la dangerosité du nouveau variant.

À ce jour, 22 cas ont été signalés, principalement chez les jeunes, a précisé l’Institut national des maladies contagieuses. Des infections ont aussi été rapportées au Botswana, ainsi qu’à Hong Kong, chez une personne revenant d'un voyage en Afrique du Sud. Après l’annonce du gouvernement sud-africain, le Royaume-Uni a suspendu les vols en provenance de ce pays, ainsi que ceux arrivant de Namibie, du Lesotho, d’Eswatini, du Zimbabwe et du Botswana.

Avec la hausse des cas des dernières semaines et l’apparition de ce nouveau variant, les autorités sud-africaines craignent une nouvelle vague de la pandémie. L’Afrique du Sud est le pays le plus durement touché du continent africain, avec un total de 2,9 millions de cas.

Nombreuses mutations

Pour l’instant, l’inquiétude à l’égard du variant n’est pas due au nombre de cas, mais plutôt aux nombreuses mutations, explique André Veillette. Si certains changements n’ont pas d’effet et peuvent même freiner la reproduction du virus, les mutations que présente le nouveau variant se produisent dans la zone où agit le vaccin contre la COVID-19. « Il est possible que les vaccins protègent moins bien contre ce variant-là, mais on n’a pas encore de preuve de cela », nuance-t-il.

PHOTO SHIRAAZ MOHAMED, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

En Afrique du Sud, seulement 35 % de la population adulte est adéquatement vaccinée contre la COVID-19.

Vu le faible taux de vaccination en Afrique du Sud, le variant s’est probablement développé chez des personnes non vaccinées. Il est donc possible qu’il ne soit « pas adapté » aux vaccins, avance Benoit Barbeau, virologue et professeur au département des sciences biologiques de l’Université du Québec à Montréal. Dans ce pays, 35 % de la population adulte est adéquatement vaccinée.

Reste qu’en raison du nombre important de mutations, la découverte faite en Afrique du Sud représente « une toute nouvelle réalité en termes de variants », selon M. Barbeau. Quant au fait que les cas du nouveau variant ont été recensés principalement chez les jeunes, il estime qu’il est tôt pour en tirer des conclusions. « Est-ce que les personnes plus âgées sont davantage vaccinées ? », s’interroge-t-il.

Le variant Delta en voie d’être déclassé ?

En plus d’avoir des effets sur la vaccination, certaines mutations peuvent rendre un variant plus transmissible, jusqu’à ce qu’il devienne dominant.

Le variant Delta en est un exemple, ayant réduit à 40 % l’efficacité des vaccins contre la COVID-19, selon l’OMS.

Pour expliquer la dominance parmi les variants, M. Veillette les compare à des coureurs. « Il y a certains variants qui vont tellement vite qu’ils prennent le dessus », illustre-t-il. D’autres variants se transmettent moins rapidement, mais peuvent toutefois infecter des gens vaccinés. « Ces variants sont alors bons à la course à obstacles », résume-t-il.

Tant que le variant Delta est dominant, « on peut vivre dans une certaine normalité parce qu’on est vaccinés », souligne Roxane Borgès Da Silva, professeure à l’École de santé publique de l’Université de Montréal. La véritable crainte est de voir apparaître un variant résistant à la vaccination, renchérit M. Veillette.

Prudence et troisième dose

En attendant d’en savoir plus, il faut continuer d’être prudent face au virus et de respecter les consignes sanitaires, rappelle André Veillette. « La situation est encore fragile au niveau planétaire », soutient-il. L’Europe est d’ailleurs redevenue l’épicentre mondial de la pandémie.

Dans ce contexte, il est impératif de recevoir une troisième dose, selon M. Veillette. « Il faut être protégés au maximum parce qu’on ne sait pas ce qui va arriver », conclut le professeur.

Avec l’Agence France-Presse

En chiffres

89 600

Nombre de morts dues à la pandémie en Afrique du Sud

1200

Nombre de nouveaux cas répertoriés mercredi en Afrique du Sud

Source : Agence France-Presse