(Kano) Des combats meurtriers ont opposé des djihadistes de Boko Haram et de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap) sur une île stratégique du nord-est du Nigeria, prémices d’une « bataille intestine » entre ces groupes rivaux pour le contrôle du lac Tchad.

Agence France-Presse

De nombreux combattants de Boko Haram lourdement armés ont attaqué lundi l’île de Kirta Wulgo, située sur les pourtours nigérians du lac et tenue par les djihadistes de l’État islamique en Afrique de l’Ouest (Iswap).  

Après des heures de combats, ils ont réussi à prendre le contrôle de cette île, qui servait de port à l’Iswap pour importer des armes et des vivres dans les territoires sous son contrôle, selon des sources sécuritaires et des pêcheurs locaux.

« C’était un combat mutuellement destructeur qui a duré plus de neuf heures, de 16 heures hier aux premières heures de ce matin », a déclaré un pêcheur de la région.

Une source sécuritaire locale et deux autres pêcheurs ont confirmé les affrontements à l’AFP.

Selon la source sécuritaire, Boko Haram a mobilisé ses combattants des camps de Gegime et Kwatar Mota du côté nigérien du lac et de Kaiga-Kindjiria du côté tchadien.

« Ils se sont rassemblés sur l’île de Tumbun Ali du côté nigérian du lac et ont délogé six postes de contrôle de l’Iswap avant de s’emparer de Kirta Wulgo », a affirmé cette source.

« Combat mortel »

« C’était un combat mortel. On parle de plus de 100 morts », a-t-elle déclaré.

Ces sources n’étaient pas en mesure de donner un nombre précis de djihadistes tués ou blessés lors de ces combats, même si elles ont fait état d’un lourd bilan.  

Depuis le début de la rébellion du groupe islamiste radical Boko Haram en 2009 dans le nord-est du Nigeria, le conflit a fait près de 36 000 morts et deux millions de déplacés. En 2016, le groupe s’est scindé, avec d’un côté la faction historique et de l’autre l’Iswap, reconnu par l’organisation État islamique (EI).

L’Iswap a consolidé son contrôle dans cette région depuis la mort en mai du chef de Boko Haram, Aboubacar Shekau, lors d’affrontements entre les deux groupes rivaux.

Après la mort de Shekau, les insurgés de Boko Haram dirigés par Bakoura Buduma, un de ses anciens lieutenants, ont fui leur ancien bastion enclavé de Sambisa pour rejoindre les territoires sous son contrôle sur les rives nigériennes du lac Tchad, selon des sources de sécurité.  

« Une bataille jusqu’au bout »

Le mois dernier, Boko Haram a subi de lourdes pertes lors d’une tentative ratée d’invasion de Kirta Wulgo, où ils ont été repoussés par l’Iswap.  

« Ce n’est que le début d’une bataille intestine entre les deux factions. Ce sera une bataille jusqu’au bout », a déclaré une source sécuritaire locale.  

Renforcer sa présence sur la rive nigériane du lac permettrait notamment à Boko Haram de prélever sa part des revenus de la pêche, jusque-là extorqués par l’Iswap auprès des pêcheurs nigérians.

Avec ce revers, l’Iswap pourrait chercher à se venger de Boko Haram qui représente une menace sérieuse.

Boko Haram est désormais à portée de main des principaux fiefs de l’Iswap, Sabon Tumbu, Jibillaram et Kwalleram, selon une source bien renseignée de la région.

« On sait que le chef de l’Iswap, Abou Musab Al Barnaoui, réside à Sabon Tumbu, où sont détenus d’importants commandants de Boko Haram qui ont été capturés », a précisé cette source.

L’adjoint d’Al Barnaoui vit à Jibillaram avec certains de ses lieutenants, et les îles Sigir et Kusuma, proches de Kirta Wulgo, abritent de nombreux autres responsables du groupe.  

« Toutes ces îles sont désormais sous la menace de Boko Haram », a déclaré la même source. « L’Iswap va tout faire pour assurer la sécurité (de ses hommes) contre les combattants de Boko Haram, qui veulent à tout prix en prendre le contrôle. »