(Vosloorus) La radio s’arrête net à l’arrivée des policiers dans ce township près de Johannesburg : près de deux semaines après la fin des émeutes qui ont secoué l’Afrique du Sud, la recherche des biens pillés ne marque aucune pause.

Sofia CHRISTENSEN Agence France-Presse

Enfilant des gants en plastique bleu, les hommes en gilets pare-balles se dispersent dans les rangées de maisons identiques en béton, toutes de plain-pied sous de la tôle ondulée.

Presque tout le monde dort, se calfeutrant contre le froid piquant de l’hiver austral. Les vitres des fenêtres sont doublées de carton pour arrêter les courants d’air. Quelques visages fermés dépassent pourtant des portes d’entrée, observant en silence le défilé de policiers et de soldats venus les appuyer dans leur opération.  

L’atmosphère est pesante et résignée, pas le moindre signe de résistance, constate une équipe de l’AFP.  

Le Nguni Hostel, cet ensemble d’hébergements délabrés dans la banlieue sud-est de Johannesburg, n’est qu’à quelques km d’un centre commercial complètement saccagé mi-juillet.

Au lendemain de l’incarcération de l’ancien président Jacob Zuma, le 8 juillet, des incendies criminels avaient dégénéré en violences et pillages ravageurs dans plusieurs régions du pays.

Les opérations de police ne sont pas rares dans ces cités-dortoirs construites pour les travailleurs migrants noirs sous l’apartheid et peuplées aujourd’hui de citadins pauvres et parfois de gangsters.  

Mais ce mardi, la police cherche à repérer les objets dérobés pendant les pillages. Tout objet neuf, sans facture à l’appui, est suspect.  

Du riz et des savonnettes

Une femme en robe de chambre se tient près d’une cuisinière à gaz, les mains dans les poches. Des policiers passent devant elle, s’engageant dans un couloir étroit desservant de nombreuses chambres.

Mal réveillée, une femme assise dans son lit, une couverture enroulée autour des jambes, les observe soulever chaque couvercle, inspecter sa petite armoire. Un peu plus loin, des policières soulèvent des matelas et regardent sous un lit. Elles trouvent et confisquent deux paires de baskets neuves.  

Chaque objet trouvé est sorti dans la cour, chargé dans le coffre de camionnettes blanches.  

Le butin se compose principalement d’alimentation et d’articles ménagers : sacs de riz et de farine, boîtes d’œufs, huile de cuisson, vêtements et savonnettes sont plus nombreux que les appareils électroniques.  

« D’habitude, on n’embarque pas des petites choses comme ça », marmonne un policier qui ne veut pas donner son nom, reconnaissant ne pas savoir ce que deviendront ces marchandises une fois déposées au poste de police.  

Soudain des cris dans un bâtiment voisin. La police découvre une vingtaine de casiers pleins de bières, ce qui contrarie visiblement une dame alcoolisée portant un bonnet rouge.

« Mais pourquoi ? Pour quoi faire ? », crie-t-elle aux hommes qui emportent les caisses, avant de trébucher sur sa canne et de tomber par terre. Un voisin l’aide à se relever en douceur.

Les policiers poursuivent leurs fouilles. Ils coupent des cadenas, défoncent bruyamment des portes, soulevant des nuages de poussière. Personne ne bronche. Au gré de la matinée, des curieux se regroupent dans la cour, pour observer les manœuvres de plus près.  

Le gérant d’un petit magasin sort soulagé de sa boutique, brandissant un reçu froissé alors que la police quitte les lieux les mains vides.  

« Monsieur s’il vous plaît », siffle un soldat. « Mettez votre masque ».