(Bôkô) « C’est une activité rentable ! », se réjouit Agathe Vanié, agricultrice de profession : comme elle, des milliers de femmes dans la Côte d’Ivoire rurale se sont tournées vers la culture vivrière bio, pour acquérir une autonomie financière rare dans leur milieu.

Christophe KOFFI Agence France-Presse

Assise dans sa boutique, Agathe Vanié, présente fièrement les produits qui occupent les étals de la première échoppe bio de Divo dans le centre-ouest de la Côte d’Ivoire.

Les boîtes d’aubergines, arachide, poivre, piments, curcuma, gombo, etc. estampillées bio qui attirent de nombreux clients, proviennent des champs de 2000 femmes rurales de Divo regroupées au sein de Walo, une association pour lutter contre la pauvreté.

« Les produits chimiques qu’on utilise pour pulvériser le sol, les plantes, les fruits nous donnent des maladies. Depuis que je connais cette boutique, je consomme de bons produits », se réjouit Marie Michèle Gbadjéli, une agricultrice interrogée par l’AFP.

« Il faut qu’on sensibilise les femmes pour ne plus qu’elles traitent le sol », renchérit Agathe Vanié.

La présidente de Walo (« amour » en langue dida, l’ethnie locale) espère permettre aux agricultrices d’acquérir leur autonomie financière tout en cultivant des produits sains.  

« J’ai réuni les femmes pour qu’elles se lancent dans le bio, pour d’abord garantir leur santé, pour qu’elles soient autonomes et puissent envoyer leurs enfants à l’école et sortir de la pauvreté », explique-t-elle.

Autrefois productrices de cacao, les adhérentes de l’association ont été convaincues par son discours. « On pourra gagner de l’argent en nous lançant dans une autre culture que le cacao, en cultivant des vivriers sans un apport d’engrais chimiques ».

« Le bio a changé notre vie »

Et dans le village de Bôkô, près de Divo, au milieu des collines verdoyantes, plusieurs femmes ne regrettent pas leur adhésion au projet.

« On ne pompe plus les produits chimiques dans les champs. La conversion au bio a changé notre vie, on peut gagner un peu d’argent pour s’occuper de nos enfants et les scolariser », se réjouit Florence Goubo, agricultrice, mère de cinq enfants, houe à la main.

« On nous a trompées avec les produits chimiques », peste de son côté Suzanne N’Dri, au milieu de sa plantation de bananes, d’ignames et de manioc qui s’est également convertie dans l’élevage biologique de porcs et cabris.

Madeleine Zébo, présidente des femmes productrices de bio à Bôkô vante le succès commercial des cultures issues de ces plantations respectueuses de l’environnement et de l’éthique, sans enfants au travail dans les champs.

« Nous écoulons facilement à des prix enviables nos piments, aubergines, djoumgblé (gombo, NDLR), miel, arachide, tarot, tomates… », se félicite Mme Zébo.

« Les femmes ont mon soutien et ma bénédiction. Avant, toute la production agricole était à base de produits chimiques et phytosanitaires, nous étions intoxiqués », affirme le chef du village de Bôkô, Gbaza Zourhouri.

Traçabilité et qualité des produits : à l’image de Walo, ce genre d’initiative fait une percée dans une Côte d’Ivoire rurale où le taux de pauvreté dans le secteur agricole avoisine 60 % selon les statistiques officielles.  

Orange Bank Africa et ONU Femmes ont signé le 1er juillet à Abidjan un accord de partenariat « en vue d’adresser ensemble les défis d’accès aux financements et de commercialisation, auxquels font face les femmes du monde rural ».

Les femmes en Côte d’Ivoire « souffrent encore aujourd’hui de fortes inégalités et rencontrent de nombreux problèmes structurels dans leurs activités entrepreneuriales et agricoles », pointe Orange Bank Africa citant notamment « la pénibilité de l’accès au crédit ».

La banque a ainsi promis des facilités d’accès à des solutions de crédit et d’épargne 100 % numérique pour ces populations.  

Fort des premiers succès commerciaux de ses produits qui « traversent les frontières », l’association Walo a de son côté annoncé un projet de construction de son centre de santé et d’une usine de transformation.