(Jérusalem) Le premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou a salué jeudi soir un accord de normalisation « historique » des relations entre l’État hébreu et le Maroc, aussitôt dénoncé par les Palestiniens.

Agence France-Presse

« J’ai toujours cru en cette paix qui se concrétise aujourd’hui devant nos yeux. Je veux remercier le président Trump d’avoir mené ces accords et remercier le roi du Maroc Mohammed VI pour cette décision historique de faire la paix avec Israël », a déclaré M. Nétanyahou dans une allocution télévisée coïncidant avec le début des fêtes juives de Hanouka.

« Nous allons d’abord mettre en place des bureaux de liaison, puis des relations diplomatiques directes et des vols directs entre les deux pays », a ajouté le premier ministre israélien.

« Le peuple marocain et le peuple juif ont toujours entretenu des relations chaleureuses à l’ère moderne. Tout le monde connaît l’amitié profonde démontrée par le roi du Maroc et la population marocaine à l’égard de la communauté juive locale », a déclaré M. Nétanyahou.

Ce dernier a d’ailleurs qualifié de « pont humain » entre les deux pays les « centaines de milliers » de juifs d’origine marocaine aujourd’hui établis en Israël.  

Dans les années 50 et 60, peu après la création d’Israël, des juifs d’Irak, du Yémen et du Maroc avaient émigré vers l’État hébreu où les postes clés étaient alors aux mains des Ashkénazes, juifs des pays d’Europe centrale.

Nommés « Mizrahim », ces juifs d’Orient se sont établis à l’extérieur des grandes villes, et se sont sentis exclus à l’époque par la gauche israélienne au pouvoir, jusqu’à la fin des années 70 où le Likoud, parti aujourd’hui de Benyamin Nétanyahou, a courtisé cet électorat pour en faire l’un de ses socles électoraux.

Après les Émirats arabes unis, le Bahreïn et le Soudan, le Maroc est devenu jeudi le quatrième pays arabe depuis août à promettre d’établir des relations diplomatiques avec l’État hébreu.

Ce nouvel accord a été annoncé jeudi à Washington par le président américain Donald Trump qui a, d’un même souffle, reconnu la souveraineté du Maroc sur la région du Sahara occidental.

« Péché politique »

Les Palestiniens avaient déjà fustigé les accords de normalisation avec le Soudan, Bahreïn et les Émirats, pays du Golfe qui a d’ailleurs inauguré récemment de premiers vols directs commerciaux entre Dubaï et Tel Aviv.

Idem en ce qui concerne le Maroc. « C’est un péché politique qui ne sert pas la cause palestinienne et encourage l’occupation (nom donné par les responsables palestiniens à Israël) à continuer de nier les droits de notre peuple », a réagi auprès de l’AFP Hazem Qassem, le porte-parole du Hamas, mouvement islamiste au pouvoir dans la bande de Gaza.

Ce dernier a par ailleurs accusé l’État hébreu « d’instrumentaliser » ces accords pour justifier « l’augmentation des colonies » en Cisjordanie occupée.

Au cours de la dernière décennie, et en particulier sous la mandature de Donald Trump, allié clé d’Israël, les colonies ont connu un essor important en Cisjordanie occupée et à Jérusalem-Est.  

Plus de 450 000 Israéliens vivent dans des colonies en Cisjordanie occupée, territoire où vivent environ 2,8 millions de Palestiniens, ce qui selon l’ONU et l’Union européenne complique la mise en œuvre d’une solution à « deux États », un État palestinien viable aux côtés d’Israël.