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Centrafrique: la situation «insupportable» pour les musulmans

Dans la prison centrale du district de Wango... (PHOTO SIEGFRIED MODOLA, REUTERS)

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Dans la prison centrale du district de Wango à Bangui, les musulmans sont séparés du reste des détenus chrétiens, le 21 mars.

PHOTO SIEGFRIED MODOLA, REUTERS

Agence France-Presse
Paris

Peter Bouckaert, directeur Urgences de l'ONG Human Rights Watch, a dénoncé vendredi la situation «insupportable» des musulmans en Centrafrique, traqués par les milices anti-balaka, au cours d'une rencontre avec la presse à Paris.

Question : Vous avez effectué quatre missions en Centrafrique au cours des trois derniers mois. Quelle est la situation aujourd'hui, alors que la majorité de la population musulmane a fui vers le Tchad et le Cameroun voisins?

Réponse : «La situation humanitaire et sécuritaire est très grave, insupportable pour les musulmans qui restent dans le sud-ouest et à Bangui. Il y a une vingtaine de poches dans le pays avec 15 000 personnes en danger. On doit réfléchir à les évacuer.

C'est difficile pour la communauté humanitaire et (la force française) Sangaris de prendre cette décision, qui participe du nettoyage ethnique. Mais la priorité c'est d'assister des personnes en danger.

La solution n'est pas seulement de les évacuer vers le Cameroun ou le Tchad, on peut aussi les déplacer d'une ville à l'autre en Centrafrique, car il y a encore des communautés qui veulent vivre ensemble.

On ne peut pas accepter le nettoyage ethnique comme un fait accompli. Il faut aussi penser au retour des musulmans, même si ce sera un processus très difficile. Leurs maisons ont été détruites ou sont occupées.

Il subsiste cependant des possibilités de réconciliation, notamment dans l'intérieur du pays. Depuis que les éleveurs et les commerçants musulmans sont partis, il n'y a plus de viande ou de produits sur les marchés. Et ça, les gens s'en aperçoivent. L'exode des musulmans n'est pas seulement un désastre humanitaire, c'est aussi un désastre économique pour le pays».

Q : La Centrafrique est plongée depuis un an dans un cycle de tueries interreligieuses. Face à la recrudescence des exactions à l'encontre des musulmans, des appels au djihad ont été lancés depuis le Soudan voisin, mais aussi sur les réseaux sociaux. Redoutez-vous ce scénario?

R : «On n'a jamais vu de mouvement djihadiste en Centrafrique et la rébellion Séléka n'était pas un mouvement islamiste. Mais le danger existe, car ce qui se passe actuellement est une situation parfaite pour les mouvements djihadistes. On a des dizaines de milliers de musulmans qui ont tout perdu, leurs familles, leurs biens.

Les djihadistes ont toutes les images dont ils ont besoin pour mobiliser les réseaux : des lynchages horribles, des mosquées détruites, des corans profanés.

Par ailleurs, les frontières sont ouvertes».

Q : Vous avez, au cours des derniers mois, critiqué à plusieurs reprises l'opération militaire française Sangaris. Pourquoi?

R : «Les Français doivent accepter la réalité du terrain. Cette opération militaire n'est pas un succès puisque les musulmans ont fui...

L'image de la France en Centrafrique n'est pas bonne. Les Sangaris ne sont pas appréciés par les musulmans et ne sont pas respectés par les anti-balaka (milices à dominante chrétienne).

Les Français semblent aujourd'hui prêts à reconnaître qu'ils sont dans une situation critique. Mais le problème, c'est qu'ils sont seuls : il n'y a pas de vraie réponse humanitaire (seuls 20 % des 500 millions de dollars demandés par l'ONU ont été octroyés), il n'y a pas d'assistance européenne, le pouvoir centrafricain est paralysé et Catherine Samba Panza est devenue présidente d'un État qui a cessé d'exister.

Mais ce n'est pas seulement une question d'effectifs (militaires), mais aussi de comportement. Il faut absolument être plus actifs dans la protection des civils.

Si vous êtes là pour stabiliser la situation et arrêter les massacres, il faut agir, il faut intervenir pour sauver les gens!»




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