L'activité reprenait timidement samedi à Bangui où l'armée française et la force africaine tentent d'éviter un nouvel embrasement, au lendemain d'un regain de violences interreligieuses qui a fait une trentaine de morts.

Publié le 21 déc. 2013
Christian PANIKA AGENCE FRANCE-PRESSE

Après une nuit relativement calme ponctuée par quelques tirs isolés, la circulation automobile a repris progressivement sur les grands axes du centre de la capitale centrafricaine.

Les commerces ont rouvert, les rues sont plus animées, avec des taxis roulant de nouveau en ville à l'exception notable des quartiers où ont eu lieu les derniers affrontements, à proximité de l'aéroport, où seules circulent les patrouilles véhiculées de l'armée française et de la force africaine (Misca).

«Depuis ce matin, la situation est moins tendue que jeudi et vendredi à Bangui», a estimé une source militaire française.

Les haines sont cependant loin d'être apaisées et la violence reste omniprésente: samedi au petit matin, trois cadavres gisaient sur la chaussée de l'avenue de l'Indépendance menant au nord de Bangui, vraisemblablement des musulmans tués pendant la nuit, selon des habitants.

Dans le quartier de Boy Rabe, un fief des milices d'autodéfense chrétiennes «anti-balaka», une rumeur d'attaque d'hommes armés a provoqué la fuite de plusieurs centaines d'habitants pendant la nuit vers la paroisse Saint-Bernard. L'attaque n'ayant pas eu lieu, ces habitants revenaient progressivement chez eux au matin.

Selon des sources concordantes, plus d'une trentaine de personnes, dont un officier tchadien de la force africaine (Misca), ont été tuées au cours des violences qui ont éclaté jeudi soir et ont duré jusqu'à vendredi matin à Bangui entre des miliciens anti-balaka et des combattants Séléka, ex-rébellion à dominante musulmane qui a pris le pouvoir en mars 2013. Des éléments du contingent tchadien ont pris part à ces affrontements, après une embuscade des anti-balaka.

Ces incidents ont eu lieu alors que la capitale centrafricaine retrouvait un semblant de vie normale depuis quelques jours et se remettait à peine des tueries entre chrétiens et musulmans.

Depuis le 5 décembre, elles ont fait près d'un millier de morts dans le pays, selon l'organisation Amnesty International, dont 583 à Bangui, d'après la Croix-Rouge centrafricaine. La plupart des victimes ont été tuées dans des représailles de la Séléka, mais également dans les atrocités des milices d'auto-défense villageoises «anti-balaka» (anti-machettes, en langue locale sango).

Ces violences ont précipité l'intervention militaire de la France, qui tente depuis lors de désarmer les belligérants et opère en appui à la Misca, forte de 3 700 militaires. La République démocratique du Congo (RDC) a annoncé samedi l'envoi de 850 soldats supplémentaires.

Les musulmans «en effervescence»

Avec 1 600 hommes dans tout le pays, dont un millier dans la capitale, l'armée française a neutralisé en priorité les combattants de l'ex-Séléka, aujourd'hui pour la plupart désarmés et cantonnés, qui faisaient régner la terreur dans Bangui où ils ont perpétré d'innombrables exactions sur la population très majoritairement chrétienne.

Il s'agit désormais pour les militaires français de désarmer les milices anti-balaka et d'essayer de contenir la soif de vengeance des habitants contre les ex-Séléka et les civils musulmans qui leur sont assimilés.

«Le contexte est tellement volatil qu'on est condamnés à travailler au jour le jour. On ne peut pas anticiper. La situation est hyper préoccupante», s'est alarmé un responsable sur place de Médecins sans frontières (MSF), Thomas Curbillon.

Un autre humanitaire a raconté à l'AFP qu'il n'a pas pu accéder à un quartier musulman tant la colère y était forte. Des civils l'ont prévenu de ne pas pénétrer dans le quartier «pour sa sécurité».

«Les musulmans sont en effervescence», s'inquiétait un observateur averti. Sans la protection des Séléka dans la rue, beaucoup sont furieux et se disent à la merci des représailles des anti-balaka, reprochant à l'armée française de les priver des moyens de se défendre.

L'hostilité est grandissante envers les Français et cette colère se focalise notamment sur les journalistes, a constaté l'AFP.

De nombreux candidats au départ se pressaient vendredi à l'aéroport, avec plus de vols commerciaux prévus.

Plusieurs centaines de ressortissants tchadiens étaient également regroupés, en attendant leur évacuation par avion, sur la partie de l'aéroport servant de camp militaire au contingent tchadien de la Misca.

«On nous tue ici parce que nous sommes musulmans et tchadiens. On dit que c'est nous qui avons amené la Séléka au pouvoir, c'est pourquoi nous partons», expliquait un jeune homme.

Souvent appelé à la rescousse pour protéger ses ressortissants comme les civils musulmans centrafricains, le contingent tchadien de la Misca se retrouve aujourd'hui en première ligne, car accusé par de nombreux Banguissois d'être complice des ex-Séléka.

Après avoir renforcé ses patrouilles jeudi dans Bangui, l'armée française maintenait «tous ses moyens déployés» dans la ville pour prévenir «l'embrasement».