L'ancien président sud-africain Nelson Mandela, bientôt âgé de 95 ans et à nouveau hospitalisé depuis mercredi soir pour une infection pulmonaire, «réagit positivement au traitement», a indiqué jeudi en fin d'après-midi la présidence sud-africaine sur son site internet.

Christophe BEAUDUFE AGENCE FRANCE-PRESSE

«Les docteurs nous ont informés que l'ancien président Nelson Mandela réagissait positivement au traitement auquel il est soumis après une rechute d'infection pulmonaire. Il reste soigné et en observation à l'hôpital», selon ce communiqué.

«Nelson Mandela a été hospitalisé peu avant minuit», avait annoncé jeudi matin la présidence dans un communiqué: «Les médecins s'occupent de lui, et s'assurent qu'il bénéficie du meilleur traitement médical possible et de tout le confort».

Il est arrivé «conscient» à l'hôpital, avait précisé à l'AFP le porte-parole de la présidence Mac Maharaj.

Héros national sud-africain, icône mondiale de la réconciliation pour son rôle dans la lutte contre l'apartheid puis dans l'instauration d'une démocratie multiraciale, Nelson Mandela semble désormais très affaibli et n'est plus apparu en public depuis bientôt trois ans.

Le président Zuma lui souhaite un prompt rétablissement.

«Nous appelons le peuple sud africain et le monde entier à prier pour notre cher Madiba (nom de clan de Mandela ndlr) et pour sa famille (...) Nous avons une totale confiance dans l'équipe médicale et nous savons qu'ils feront tout leur possible pour qu'il retrouve la santé», avait-il dit plus tôt ce matin.

Les autorités distillent l'information

Les autorités sud-africaines verrouillent l'information autour de la santé de l'ancien président Nelson Mandela, insistant sur le droit à la vie privée, mais avec comme effet d'alimenter l'hystérie des médias avides de détail sur le grand homme, héros du combat anti-apartheid.

Quelques heures après l'annonce jeudi que «Madiba» faisait une rechute de l'infection pulmonaire, qui a lui a valu 18 jours d'hospitalisation en décembre, personne ne savait dans quel hôpital il était soigné.  Aucun des médecins, dont la présidence sud-africaine a assuré qu'ils lui prodiguaient «le meilleur traitement possible», n'était habilité à s'exprimer. Leurs noms, leurs spécialités restaient un secret, tout comme les soins reçus par l'ancien homme d'État.

Un présentateur de la chaîne d'informations en continu eNCA s'est enquis en direct auprès du porte-parole de la présidence Mac Maharaj pour savoir s'il y aurait des bulletins de santé réguliers, soulignant que cette nouvelle hospitalisation ouvrait «une période très sensible pour l'Afrique du Sud». «Va-t-on nous tenir informés et au courant au fur et à mesure?», s'est-il inquiété.

Réponse de l'intéressé: «Madiba est une icône pour nous tous, nous sommes tous inquiets, nos mises à jour dépendront de ce que nous disent les médecins et nous ne les mettons pas sous pression».

«Il y a peut-être un souci sincère de veiller au respect de la vie privée, c'est probable, mais il y a aussi des craintes liées à des problèmes qui ont surgi dans le passé, et tout laisse penser que le gouvernement a l'air de vouloir ne pas donner beaucoup d'information», a commenté Lucy Holborn, chercheuse à l'institut sud-africain pour les relations entre les races (SAIRR).

«Je ne saurais pas exactement dire pourquoi ils veulent limiter l'information, mais je soupçonne que si quelque chose de plus grave se produit, ils s'attendent à une réaction et ils préfèrent contrôler ce processus. Non pas qu'il puisse forcément se produire un pépin en terme de stabilité (politique) ou quelque chose de ce genre, mais j'imagine qu'ils pensent que plus ils contrôlent l'information, plus ils peuvent organiser ce processus de façon fluide», a-t-elle ajouté.

Le problème, constate-t-elle, c'est que «ne pas être ouverts conduit uniquement à alimenter les spéculations».

Les services du président Jacob Zuma avaient été vertement critiqués pour n'avoir donné aucune nouvelle lors d'une précédente hospitalisation de Mandela, en janvier 2011, leur silence ayant entraîné un mouvement de panique.

À l'inverse, les médias s'étaient faits rappeler à l'ordre fin 2011 après que deux agences de presse internationales aient installé des caméras de surveillance à proximité de la maison de Mandela dans son village natal de Qunu du sud-est de l'Afrique du Sud.

Plusieurs hospitalisations

Début mars, Nelson Mandela avait été hospitalisé pour 24 heures. Les autorités avaient alors indiqué qu'il s'agissait d'examens de routine.

Sa dernière hospitalisation longue, dix-huit jours, remonte à décembre 2012, déjà pour les suites de cette infection pulmonaire récurrente.

Président de 1994 à 1999, Nelson Mandela a passé vingt-sept ans de sa vie en prison, pour avoir lutté contre le régime d'apartheid qui instaurait une discrimination raciale en Afrique du Sud.

Libéré en 1990, il est devenu quatre ans plus tard le premier président noir de son pays, après avoir obtenu en 1993 le prix Nobel de la paix - conjointement avec le dernier président de l'apartheid Frederick de Klerk -, pour avoir mené à bien les négociations conduisant à la démocratie.

Il vit désormais complètement retiré, partageant son temps entre Johannesburg et Qunu (sud), le village de son enfance.

Depuis quelques années déjà, le grand homme a totalement disparu de la scène publique et ne fait jamais le moindre commentaire sur la vie politique de son pays.

Il avait cependant reçu, le 10 février dernier, le président Zuma. Ce dernier l'avait trouvé «en forme et détendu», en train de regarder la télévision.

Quelques jours plus tard cependant, son vieil ami et célèbre avocat George Bizos lui avait rendu visite et avait été moins enthousiaste: «Malheureusement, avait-il dit, il oublie parfois que l'un ou l'autre sont décédés, ou son visage exprime l'incompréhension quand on lui dit que Walter Sisulu ou d'autre ne sont plus de ce monde».

Nelson Mandela aura connu de nombreux ennuis de santé, souvent liés à ses 27 années d'incarcération et aux travaux forcés dans les carrières de calcaire de l'île-bagne de Robben Island (sud-ouest),

Quand il était encore emprisonné, il avait ainsi souffert en 1988 d'un début de tuberculose - maladie dont son père est décédé.

En 2001, il avait traité par radiothérapie pour un cancer de la prostate et avait déclaré l'année suivante à des journalistes qu'il était définitivement guéri.

Enfin, en 2011, il avait été hospitalisé pour une grave infection respiratoire qui avait suscité une vive inquiétude dans le pays. C'est une rechute de cette infection qui a provoqué son hospitalisation ce jeudi.