L'annonce mercredi par la rébellion centrafricaine Séléka qu'elle reprenait les armes en raison du non-respect des accords de paix de Libreville fait planer la menace de nouveaux combats, notamment à Bangui.

Patrick Fort AGENCE FRANCE-PRESSE

«L'ultimatum est terminé. Nous allons retourner aux armes», a affirmé à l'AFP le colonel Djouma Narkoyo, un des chefs militaires rebelles, précisant toutefois que «cela ne veut pas dire que nous allons attaquer maintenant ici ou là. On est sur (on étudie) la stratégie».

Dimanche, une partie de la rébellion retient depuis dimanche à Sibut à 160 km au nord de Bangui, cinq ministres issus de la rébellion et membres du gouvernement d'union nationale formé après les accords de Libreville signés le 11 janvier. Parmi, les ministres retenus, jusqu'ici chef officiel de la rébellion, le vice-premier ministre Michel Djotodia et le ministre des Forêts, le général Mohamed Dhaffane.

Les rebelles réclament notamment la libération de prisonniers, le départ des troupes sud-africaines du pays qui étaient prévus dans les accords de Libreville ainsi que la levée des barrages dans la capitale. Ils avaient donné 72 heures au président Bozizé pour entamer des démarches.

Mardi soir, le premier ministre Nicolas Tiangaye, issu de l'opposition, a lui lancé «un appel pressant à la coalition Séléka pour que l'esprit de dialogue qui a prévalu à Libreville puisse demeurer».

Il a estimé que certaines revendications du Séléka comme «l'intégration dans les forces de défense et de sécurité de deux mille combattants» ou «la reconnaissance des grades obtenus dans la rébellion» n'ont «jamais figuré dans les accords» tout en donnant des gages de bonne foi.

M. Tiangaye s'est dit «ouvert à toute discussion» et s'est affirmé «prêt à examiner dans les prochaines heures, la question de la libération des prisonniers dont il attend la liste», laissant entendre même qu'un «réaménagement technique du gouvernement peut également être envisagé».

Il a également promis que toutes les revendications du Séléka seraient «soumis(es) au Représentant du Médiateur de la crise centrafricaine» le président congolais Denis Sassou Ngesso.

«Le dialogue» est la «seule solution à la crise actuelle, car les conséquences de cette crise sont dramatiques. 1,5 million de nos concitoyens sont devenus déplacés internes et vivent dans des conditions nécessitant une assistance humanitaire urgente. Les populations civiles sont victimes de graves violations des Droits de l'Homme : assassinats, viols, pillages et vols, etc.», a-t-il souligné.

Le Séléka avait pris les armes le 10 décembre pour exiger l'application d'accords de paix précédents et notamment l'intégration dans l'armée d'anciens combattants.

Lors d'une offensive éclair, ils avaient mis en déroute les Forces armées centrafricaines (FACA) pour finalement s'arrêter aux portes de Bangui, la capitale, sous la pression internationale.

La France qui avait envoyé des soldats à Bangui pendant la crise a demandé mercredi à toutes «les parties de s'abstenir de tout recours à l'option militaire, qui n'aurait pour effet que de dégrader encore la situation sécuritaire et humanitaire».

Mais le colonel Narkoyo a répondu qu'il revenait au pouvoir de respecter les accords de paix.

«Nous demandons à la France de mettre la pression sur Bozizé et pas sur nous. C'est Bozizé qui peut amener la paix, mais il amène la guerre».

Quant aux cinq ministres du Séléka, retenus à Sibut, M. Narkoyo a déclaré qu'ils «n'ont plus leur mot à dire. Ils ont été au gouvernement, ils ont travaillé et rien n'a changé. C'est la base qui décidé, c'est le général Issa (Issaka) qui est le chef d'État-major qui dirige».