Le Zimbabwe était en passe dimanche d'avoir une Constitution plus démocratique, au vu des premiers résultats d'un référendum, mais la participation a été faible et le climat reste lourd de menaces, avec l'annonce de nouvelles arrestations visant l'opposition.

Susan NJANJI-MATETAKUFA AGENCE FRANCE-PRESSE

Trois assistants de Morgan Tsvangirai, premier ministre de cohabitation depuis 2009 et principal adversaire politique du président Mugabe, ont été arrêtés à leur domicile par des policiers en civils qui n'ont pas donné d'explications et ont saisi des ordinateurs et un appareil photo, a indiqué à l'AFP Alex Magaisa, un conseiller du premier ministre.

À la mi-journée, ils étaient toujours détenus, vraisemblablement au commissariat central de Harare, selon M. Magaisa tandis que la police perquisitionnait aussi leurs bureaux. Un de leurs avocats a également été arrêté pour obstruction au travail de la police.

L'association d'avocats Zimbabwean Lawyers for Human Rights a fait savoir par ailleurs que l'une de ses membres, Beatrice Mtetwa, avait été embarquée par un camion de police ces dernières heures.

Ces incidents interviennent alors que selon le Mouvement pour le changement démocratique (MDC) de M. Tsvangirai, le dépouillement partiel effectué sur plus d'un million de bulletins le «oui» l'emporte à plus de 90%.

En revanche, la participation s'est limitée à «plus de deux millions» d'électeurs selon la commission électorale zimbabwéenne(ZEC) qui avait fait imprimer des bulletins pour près de six millions de votants potentiels.

«Nous espérons que la paix qui prévaut actuellement va perdurer même après l'annonce des résultats», a déclaré lors d'un point presse la présidente de la commission électorale Rita Makarau.

La nouvelle Constitution mettra pour la première fois un frein au mandat présidentiel, limité à deux périodes de 5 ans, après 33 ans de pouvoir controversé de M. Mugabe, marqué dans la décennie 2000 par l'effondrement de l'économie, de graves violences politiques et des sanctions internationales depuis 2002.

Pretoria et Harare: des liens historiques

Le texte ne sera cependant pas rétroactif et M. Mugabe, plus vieux chef d'État africain, entend encore une fois se succéder à lui-même.

S'il est réélu, ce que de nombreux analystes craignent, estimant que son camp n'est pas prêt à lâcher le pouvoir, il pourrait rester président jusqu'à 99 ans.

Un sympathisant du président, Reuben Sibanda, 38 ans, suggérait cependant un autre scénario possible dimanche: «Nous avons besoin que le vieil homme se retire et qu'une femme lui succède», a-t-il dit, dans une allusion implicite à l'actuelle vice-présidente Joice Mujuru.

La nouvelle Loi fondamentale ne lève pas les doutes sur la capacité du pays à tenir des élections générales vraiment libres en juillet.

M. Tsvangirai a déjà exprimé sa crainte samedi d'une «résurgence de la violence» politique, suggérant que le pays n'était peut-être pas prêt. Ce sera aux médiateurs de communauté d'Afrique australe (SADC), parrains du processus de réformes au Zimbabwe, d'en juger, a-t-il estimé.

L'Afrique du Sud pèse d'un poids important dans la SADC.

Or ces derniers jours, des responsables du Congrès national africain (ANC), le parti au pouvoir en Afrique du Sud, ont affiché leur soutien à M. Mugabe, au nom des liens historiques forgés dans la lutte pour renverser les régimes identiquement racistes qui régnaient au Zimbabwe jusqu'en 1980 et à Pretoria jusqu'en 1994.

M. Tsvangirai a beau être devenu premier ministre en 2009, au sein d'un gouvernement de cohabitation imposé à M. Mugabe pour éviter une guerre civile, beaucoup de ses partisans ou de militants de la société civile continuent de vivre dans la peur d'être pris à parti, voire physiquement agressés.

Samedi, les opérations de vote s'étaient déroulées calmement, à l'exception notable de l'arrestation d'un responsable régional de l'opposition.

La veille, sept militants du MDC et une équipe de la BBC avaient été attaqués dans un ghetto d'Harare et ces dernières semaines, plusieurs militants des droits de l'homme avaient été inquiétés par la police et une réunion de M. Tsvangirai interdit «par erreur».

Le résultat définitif du référendum sera annoncé dans cinq jours, selon la ZEC.