Une sexagénaire française qui avait été enlevée de sa résidence kényane, au début du mois, par une dizaine d'hommes armés est morte en détention en sol somalien, affirme le gouvernement français.

Marc Thibodeau LA PRESSE

Le ministère des Affaires étrangères a indiqué hier dans un communiqué que la mort de Marie Dedieu avait été confirmée par «les contacts à travers lesquels» l'État cherchait à obtenir sa libération.

«L'état de santé de Mme Dedieu, l'incertitude sur les conditions de sa détention, le fait que les ravisseurs aient probablement refusé de lui remettre les médicaments que nous lui avions envoyés nous conduisent à craindre que cette issue tragique soit malheureusement la plus vraisemblable», a indiqué le Ministère.

La femme de 66 ans, qui habitait dans l'archipel de Lamu, dans le sud du Kenya, a été enlevée dans la nuit du 30 septembre au 1er octobre alors qu'elle venait tout juste de rentrer d'un long séjour en France.

Handicapée par un accident de voiture, elle se déplaçait normalement dans un fauteuil roulant que les ravisseurs ont laissé sur place et son état de santé nécessitait la prise régulière de médicaments pour traiter un cancer et des troubles cardiaques.

Le ministre des Affaires étrangères français, Alain Juppé, a décrit la fin tragique de Marie Dedieu comme «un acte de barbarie» d'une «violence inqualifiable» et exigé que les responsables soient arrêtés et traînés en justice.

Un membre du gouvernement a indiqué que le président, Nicolas Sarkozy, était «très ému» de la mort de la ressortissante française et s'était «longuement exprimé» à ce sujet en matinée lors d'une réunion du Conseil des ministres.

Autres otages

Trois autres femmes sont actuellement détenues en otages en territoire somalien, une Anglaise enlevée en septembre dans complexe touristique de luxe et deux employées de Médecins sans frontières kidnappées la semaine dernière dans le camp de réfugiés de Dadaab.

Les autorités kényanes, qui accusent les milices islamistes shebab d'être à l'origine des enlèvements, viennent de lancer une offensive militaire en territoire somalien pour mettre un terme à ces activités.

Médecins sans frontières (MSF), qui craint pour la vie de ses employés, a déclaré hier dans un communiqué qu'elle tenait à se distancier de l'intervention en cours.

«MSF est actuellement en contact avec tous les acteurs concernés pour obtenir la libération saine et sauve de nos collègues. Toute utilisation de la force pourrait mettre cette libération en danger», a expliqué le président de la branche espagnole de l'organisation, Jose Antonio Bastos.

Plusieurs analystes estiment que l'opération militaire vise à créer un territoire «tampon» avec la frontière kényane de manière à protéger le pays des infiltrations islamistes.

Les shebab, qui ont déjà frappé la capitale de l'Ouganda par le passé pour faire valoir leurs doléances, menacent de rétorquer en ciblant le Kenya «au coeur». Un porte-parole a explicitement évoqué la possibilité de détruire les gratte-ciels de la capitale, Nairobi.

L'éditeur du site Somaliareport, Michael Logan, qui suit de près l'actualité somalienne, pense que les islamistes ont la capacité de frapper au Kenya, notamment en raison de la présence dans le pays d'une importante diaspora.