La COVID-19 aura-t-elle raison des canons ? Si les appels de l’ONU à cesser le feu ont une certaine résonance par endroits, ailleurs, le coronavirus pourrait au contraire être utilisé comme stratégie militaire.

Louise Leduc Louise Leduc
La Presse

L’Organisation des Nations unies s’est félicitée que son appel ait été au moins partiellement entendu au Cameroun et aux Philippines, ainsi qu’au Yémen, où la guerre en cours depuis cinq ans a plongé le pays dans une crise humanitaire profonde.

L’ELN, considérée comme la dernière guérilla de Colombie, a quant à elle annoncé un cessez-le-feu unilatéral d’un mois. 

Le président américain, Donald Trump, et son homologue turc, Recep Tayyip, Erdoğan ont convenu de « l’importance » pour les pays en conflit, comme la Syrie et la Libye, « d’adhérer à un cessez-le-feu ». 

Justement, en Syrie, le bilan mensuel des victimes en mars — 103 civils tués — est le plus bas depuis le début du conflit, en 2011.

S’il y a donc lieu d’espérer une tentative de trêve à certains endroits, Jocelyn Coulon, chercheur au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal, croit que le virus sera au contraire utilisé ailleurs comme arme de guerre.

Au Congo, des groupes de guérilla pourraient avoir encore plus recours au viol pour terroriser les gens et les inciter à fuir les territoires qu’ils veulent prendre au gouvernement central.

Jocelyn Coulon

Même dans les pays où une trêve pourrait être envisagée, M. Coulon souligne que cela restera « très fragile du fait que les groupes sont souvent éclatés, sans grand réseau de communication et que les chefs sont souvent nombreux ».

Les leçons du passé

L’historien Laurent Turcot, professeur au département des sciences humaines de l’Université du Québec à Trois-Rivières, rappelle que la grippe espagnole n’a pas conduit à la fin des hostilités pendant la Première Guerre mondiale.

« Les autorités militaires de divers pays ont plutôt caché l’ampleur de la situation et les journaux faisaient très peu mention de l’épidémie, même si la population en était très consciente. Les soldats américains ont beaucoup contribué à répandre la grippe espagnole en Europe. »

À l’armistice, relève-t-il, sur des photos d’époque, notamment aux États-Unis, on voit beaucoup de gens participer à des défilés de la victoire avec des masques.

Et quand la peste noire a fauché des millions de vies en Europe au XIVe siècle, « on n’a pas arrêté de se battre non plus. Pire, les guerres ont été un facteur de dissémination ».

Aujourd’hui comme hier, la pandémie risque d’amener des belligérants à penser que c’est le moment parfait pour attaquer maintenant que l’ennemi est affaibli, selon M. Turcot.

À l’heure actuelle, s’il n’y a pas de guerre entre l’Iran et les États-Unis, notons que la COVID-19 ne fait pas baisser le ton à ces deux pays tous deux durement touchés par le virus.

À la suite d’une attaque à la roquette, les États-Unis ont annoncé de nouvelles sanctions contre l’Iran.

Un repli à éviter

Alors que tous les pays sont touchés, sinon dépassés par la pandémie, le réflexe pourrait être pour chaque État de se replier sur lui-même et de garder ses ressources financières et médicales pour soi. « Ce serait là une vision à courte vue, insiste le chercheur Jocelyn Coulon. Si on lutte contre l’épidémie en Europe sans rien faire pour aider les pays plus pauvres, les millions de migrants y ramèneront le virus. »

— Avec l’Agence France-Presse