Le ministre canadien des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, a appelé jeudi à la libération de tous les prisonniers politiques à Cuba après la mort du dissident Orlando Zapata, des suites d'une grève de la faim.

Mis à jour le 25 févr. 2010
AGENCE FRANCE-PRESSE

«Le Canada est profondément attristé par la mort d'Orlando Zapata», a déclaré M. Cannon dans un courriel à l'AFP.

Purgeant depuis 2003 une peine de 32 ans de prison pour entre autres désobéissance civile, Orlando Zapata est décédé à l'âge de 42 ans dans un hôpital de La Havane après une grève de la faim de deux mois et demi pour protester contre ses conditions de détention.

«Le Canada déplore cette tragédie et appelle le gouvernement cubain à libérer tous les prisonniers politiques et à montrer plus de tolérance à l'égard des Cubains qui expriment des opinions dissidentes», a ajouté le chef de la diplomatie canadienne, joignant sa voix à celles de Washington et Bruxelles.

Le précédent décès d'un prisonnier politique cubain, celui du leader étudiant Pedro Luis Boitel, remontait à 1972.

Madrid aussi

Plus tôt dans la journée, le chef du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, avait tenu des propos similaires.

«Nous pouvons imaginer la souffrance des prisonniers politiques cubains et nous devons exiger du régime cubain qu'il rende la liberté aux prisonniers de conscience et qu'il respecte les droits de l'homme», a déclaré M. Zapatero au nom de la présidence semestrielle espagnole de l'Union européenne.

«C'est une exigence fondamentale de toute la communauté internationale», a-t-il ajouté devant les présidents des commissions parlementaires des Affaires étrangères des pays membres de l'UE.

L'UE doit être «à l'avant-garde de la lutte pour les droits de l'Homme» sur «tous les continents», a ajouté M. Zapatero, qui était durement critiqué jeudi par la presse espagnole pour son absence de réaction au lendemain du décès d'Orlando Zapata.

Ce rôle de l'UE est «prioritaire dans toute région, en toute circonstance (...). Aujourd'hui, il l'est à Cuba, où nous avons eu à déplorer profondément la mort, après une longue grève de la faim d'Orlando Zapata, aux parents et amis duquel nous voulons transmettre nos condoléances», a-t-il dit.

Le décès du dissident cubain est commenté en Espagne comme un sérieux revers pour le gouvernement espagnol, qui a inscrit à l'agenda de sa présidence tournante de l'UE un rapprochement avec le régime cubain, suscitant la vive réticence de certains États membres.

Madrid pousse à l'abandon de la «position commune» européenne, qui restreint depuis 1996 le dialogue politique avec La Havane en le liant au respect des droits et des libertés sur l'île.

Il propose de la remplacer par un accord de coopération entre Cuba et l'UE, incluant un «dialogue exigeant» sur les droits de l'Homme.

Le ministre espagnol des Affaires étrangères, Miguel Angel Moratinos a déploré mercredi depuis Rabat le décès d'Orlando Zapata, tout en estimant que cela n'avait pas à remettre en cause cette ligne dont il est l'instigateur.

«La mort de Zapata constitue une claque pour la politique du gouvernement envers Cuba», estimait jeudi dans un éditorial le quotidien de centre-droit El Mundo, à côté d'une caricature montrant M. Moratinos fumant un cigare cubain dont la cendre consumée portait l'inscription «droits de l'Homme».

«Mais le pire pour le gouvernement est peut-être le discrédit dans lequel ce tragique dénouement le plonge vis-à-vis de Bruxelles», ajoute El Mundo.

Un peu plus de 200 prisonniers politiques sont toujours sous les verrous à Cuba, selon la Commission cubaine pour la réconciliation nationale et les droits de l'homme, une organisation dissidente illégale mais tolérée par le pouvoir cubain.