Le gouvernement français souhaite extrader vers l'Italie une ex-militante d'extrême gauche, Marina Petrella, qui préfère se laisser mourir plutôt que de finir ses jours en prison dans son pays d'origine.

Marc Thibodeau

La femme de 54 ans avait trouvé refuge dans la région parisienne il y a 15 ans après avoir été condamnée à la prison à perpétuité pour ses actions au sein de la «colonne romaine» des Brigades rouges. L'organisation terroriste avait multiplié les attentats durant les années 70 et 80, tuant plus de 400 personnes.

Incarcérée depuis son arrestation l'année dernière, Mme Petrella refuse depuis plusieurs mois de se nourrir et se trouve aujourd'hui dans un état «gravissime».

«Elle dit qu'elle préfère devenir un cadavre plutôt que d'être enterrée vivante, que ce sera plus facile pour nous de faire notre deuil», souligne en entrevue Elisa Novelli, l'aînée de la détenue, qui est née dans une prison romaine au début des années 80.

Sa mère, son père et son oncle étaient alors incarcérés avec d'autres brigadistes en attente de jugement pour divers crimes, dont l'assassinat de l'ex-chef de gouvernement italien Aldo Moro.

La «doctrine Mitterrand»

Relâchée après huit années de détention préventive, Marina Petrella avait quitté l'Italie pour la France en 1993 alors que les tribunaux s'apprêtaient à confirmer sa peine de réclusion à perpétuité.

Elle souhaitait profiter d'une offre du président socialiste François Mitterrand, qui s'était engagé dans les années 80 à ne pas extrader vers l'Italie les anciens membres des Brigades rouges ayant renoncé à l'action violente.

La «doctrine Mitterrand», telle qu'elle est désignée aujourd'hui, visait à faciliter un retour au calme en Italie. Et ne devait pas concerner les personnes responsables de «crimes de sang».

Marina Petrella s'est installée avec sa fille en région parisienne, où elle s'est identifiée auprès des autorités, obtenant un titre de séjour toujours renouvelé. Elle a refait sa vie, se remariant avec un Français avec qui elle a eu une seconde fille, maintenant âgée de 10 ans.

«Aujourd'hui, on veut délégitimer la seconde vie qui lui a été accordée. Tous ses espoirs se sont effondrés», déplore Mme Novelli.

Le gouvernement français, fustige-t-elle, se comporte comme «Ponce Pilate», donnant son aval à la demande d'extradition tout en demandant au président italien de gracier l'ex-militante «dès que possible».

«La France a agi en toute connaissance de cause à l'époque. C'est un choix qui a arrangé l'Italie pendant 20 ans», souligne la jeune femme, qui juge «cynique» de questionner avec le recul le bien-fondé de la «doctrine Mitterrand».

Comité de soutien

Les autorités s'étaient toujours conformées à l'engagement de l'ancien président socialiste jusqu'à ce que Paris, sous pression de Rome, donne son aval, en 2002, à l'extradition d'un ex-membre des Brigades rouges. Cesare Battisti, ex-membre d'une autre organisation d'extrême gauche, a fui la France en 2004 pour échapper au même sort. Il a été appréhendé au Brésil en 2007, où il demeure incarcéré en attendant l'extradition.

Comme pour Battisti, un comité de soutien de plusieurs personnalités françaises s'est mis en place pour défendre Marina Petrella. Y figure notamment la comédienne Valeria Bruni-Tedeschi, soeur de l'épouse du président Nicolas Sarkozy, Carla Bruni. Leur riche famille avait fui l'Italie au début des années 70 par crainte des enlèvements perpétrés par des militants d'extrême gauche.

«J'ai des amis qui ont été à deux doigts de tomber (dans le terrorisme) comme on tombe dans la drogue», a dit Mme Bruni-Tedeschi à la radio.

Les proches de Marina Petrella pressent le président de bloquer son renvoi en Italie en évoquant la «clause humanitaire» de la Convention européenne d'extradition.

«Si le chef de l'État a un once de générosité, il va empêcher son renvoi», souligne Elisa Novelli, qui supporte mal de voir sa mère dépérir.