Des centaines de milliers de Colombiens ont manifesté dimanche, le jour de leur fête nationale, pour réclamer la libération de quelque 3 000 de leurs compatriotes otages tandis que des dizaines de manifestations et concerts de soutien étaient organisés à travers le monde.

Mis à jour le 20 juill. 2008
Jean-Luc Porte

Des défilés ont eu lieu dans les rues de plus d'un millier de villes colombiennes et dans quelque 80 grandes villes du monde, dont Paris, où un concert a été organisé face à la Tour Eiffel en présence d'Ingrid Betancourt, ex-otage franco-colombienne.

Entre 350 et 700 otages seraient aux mains de la guérilla des Forces armées révolutionnaires de Colombie (Farc), selon différentes estimations. Plus de 2.000 autres sont retenus par l'Armée de libération nationale (ELN, guérilla guévariste), par les groupes paramilitaires (milices d'extrême droite) ou par les gangs mafieux.

Les comités organisateurs qui avaient appelé à ces rassemblements

prévoyaient de mobiliser plus de quatre millions de manifestants en Colombie, toutes les formations politiques, de droite comme de gauche, ayant annoncé leur participation.

A Bogota, des mesures de sécurité exceptionnelles ont été prises et plus de 30 000 policiers étaient mobilisés.

Les footballeurs colombiens de la première division qui disputaient dimanche un match de championnat ont symboliquement interrompu pendant une minute leur partie pour exiger la liberté des otages.

Une cérémonie officielle a eu lieu à Leticia, une localité amazonienne frontalière du Pérou et du Brésil, avec un défilé militaire célébrant l'indépendance de la Colombie, qui fut une colonie espagnole jusqu'en 1810.

L'hymne national colombien a été interprété par la chanteuse Shakira en présence des présidents Alan Garcia (Pérou), Luiz Inacio Lula da Silva (Brésil) et Alvaro Uribe (Colombie). MM. Garcia et Lula da Silva ont fait de vibrantes déclarations en faveur de la libération des Colombiens séquestrés.

Dimanche, le nouveau ministre colombien de l'Intérieur et de la Justice Fabio Valencia a lancé aux Farc «un appel au dialogue, à la réconciliation et à la paix» car, a-t-il dit, «les Colombiens ne veulent plus de la violence et des prises d'otages», a rapporté la télévision privée RCN.

Olga Lucia Gomez, directrice de la fondation «Pays libre» qui fournit un soutien aux victimes d'enlèvements, a déclaré à l'AFP que ces manifestations visaient «à exiger non seulement la libération des otages de la guérilla, mais aussi celle de toutes les personnes séquestrées quels que soient les ravisseurs».

C'est la troisième fois cette année que de tels rassemblements sont organisés en Colombie.

Des manifestations de soutien se sont déroulées parallèlement dans 26 villes d'Amérique latine, 20 d'Europe, six d'Asie, 27 villes américaines et quatre villes canadiennes.

A Washington, un millier de personnes se sont rassemblées devant la Maison Blanche.

A Paris, des duplex avec des télévisions colombiennes ont été établis dimanche au cours d'un grand concert de soutien auquel participaient des dizaines de vedettes, dont le chanteur colombien Juanes.

Le maire socialiste de la capitale colombienne, Samuel Moreno, en duplex depuis la place Bolivar à Bogota avec son homologue parisien Bertrand Delanoë, a affirmé que «l'indépendance n'est pas complète si la liberté n'existe pas».

«Que ce cri de liberté soit entendu à Paris et partout dans le monde, mais aussi dans le fond de la jungle colombienne», où sont détenus les otages, a ajouté M. Moreno.

Participant à cet événement à Paris, Ingrid Betancourt, libérée avec 14 autres otages des Farc le 2 juillet, a proclamé devant quelque 8 000 personnes rassemblées pour le concert: «Plus jamais d'otages!». Elle a demandé aux guérilleros des Farc de «déposer les armes» et de libérer leurs prisonniers.

Dans la capitale péruvienne Lima, plusieurs milliers de manifestants avaient défilé dès samedi dans le quartier de Miraflores avec le président Garcia et son gouvernement en tête du cortège.

A Caracas, plusieurs centaines de personnes se sont rassemblées dimanche en présence de l'ambassadeur colombien Fernando Marin, qui a remercié les organisations non-gouvernementales vénézuéliennes pour leur soutien à la cause des otages.

Plusieurs milliers de personnes, en majorité des Colombiens, ont défilé à Panama sous le slogan «Unis pour la libération de tous les otages».

Madrid avait célébré la fête nationale colombienne dès samedi soir avec le rassemblement de milliers de personnes sur la Plaza Mayor, une place centrale de la capitale espagnole, où de nombreux manifestants portaient des T-shirts avec l'inscription «Libérez-les maintenant» ou «Unis pour la liberté de tous les otages».